Ce train durait depuis six mois déjà le jour où le bon Lenthéric entra dans la salle à manger du « Logis de la grosse Hôtesse » pour demander aux rouliers quand arriverait le cousin.
— Si le cousin arrive cette nuit, dit Lenthéric à sa femme, il viendra nous réveiller de grand matin, et j’aurai le temps, avant déjeuner, d’aller lui cueillir son lièvre.
Mais le matin, Perdigal n’étant pas venu le réveiller, Lenthéric monta à sa carrière.
Sur les onze heures, comme toujours, Vivette apporta la soupe à Lenthéric ; seulement elle ne voulut pas déjeuner :
— Je mangerai à la maison ; j’ai laissé un cuveau de linge en train de couler, et il ne faut pas que le lessif froidisse.
Lenthéric déjeuna tout seul, puis il se remit tranquillement à marteler une dalle mince et sonore qui chantait sous le marteau comme une cloche, et remplissait de ses sons clairs la carrière et la maisonnette. Cette dalle était destinée à recouvrir la tombe d’un riche bourgeois de Saint-Domnin. Lenthéric commença donc à graver dessus un beau CY GIT en lettres gothiques ; et il était là, tout à l’ouvrage, en train de pousser par petits coups sa fine pointe dans la seconde branche du T, quand des cris joyeux retentirent.
Une bande de galopins, ébouriffés à l’ordinaire et tout essoufflés d’avoir couru, venaient de s’arrêter à la vue du tailleur de pierre. Ils avaient des livres et des cartables.
— Bien le bonjour, monsieur Lenthéric ! si cela ne vous faisait rien, nous voudrions traverser votre vigne.
— Traverser ma vigne, et pourquoi ?