Puis, absolument accablé :
— Pourvu qu’il n’y ait pas d’incendie. J’ai les clefs de la pompe et je suis veilleur au château.
— Vous êtes donc tout dans Cadenet ?
— Douze fonctions roulent sur moi : porteur de contraintes, trompette de ville…
— Et savetier aux moments perdus ! affirma ironiquement, mais sans rire, en changeant sa pipe de coin, un vieux paysan qui écoutait.
A ce moment, un télégramme collé sur la vitre du guichet annonça que le service des trains ne reprendrait pas avant six heures.
— Et mon mort ? capucin de sort !… s’écriait l’homme de Cadenet.
Nous résolûmes, nous, de mettre à profit l’aventure pour visiter Vaucluse et parcourir un peu ce charmant bourg de l’Isle qui, du temps où la diligence des Alpes le traversait, avait si souvent tenté ma flânerie, avec ses lices et ses sorgues vertes sous l’ombre épaisse des platanes.
Sorgue ou sorguette, ce qui veut dire source, est le nom que l’on donne ici aux petites rivières d’eau de roche, nées de Vaucluse, qui s’en vont rayonnant vers Carpentras et Avignon, dans la Comté et le Comtat, et préparent de si agréables surprises de fraîcheur à ceux qui, sur la foi des récits, croient encore à l’aride Provence.
Il y a, à l’Isle, des sorgues et des sorguettes partout ; partout de l’eau courante, des ponts, des écluses, et des roues de moulin tournant paresseusement avec de longues mousses qui s’égouttent.