Quant au vieux, au vrai Avignon, le seul moyen de le voir c’est de s’y perdre. Rien d’ailleurs de plus aisé dans cet écheveau embrouillé des rues : rue Étroite, rue de l’Ombre, du Migrénier, de l’Olivier, du Diable, du Chat, de la Monnaie, de l’Anguille, des Amoureux, des Anes, des Clefs, des Ciseaux d’or, rue Philonarde, rue du Vieux Sentier, rue de la Pignote, rue de la Fonderie, rue de la Fusterie, rue de la Banasterie, du Grand Paradis, du Petit Muguet, de l’Oriflan !

La rue Saint-Étienne où sont les restes d’un cirque romain que le moyen-âge appelait, Dieu sait pourquoi ! le Cirque des Chèvres.

La rue où saint Agricol, pour l’étonnement des Avignonnais, faisait venir à son plaisir puis congédiait les cigognes.

La rue Rouge où le sang des Sarrasins ruissela.

La rue des Fourbisseurs, où le Duc de Guise se fournissait d’armures, montrant encore sa miraculeuse Vierge peinte qui saigna sous le soufflet d’un joueur.

La rue de la Tarasque et son bas-relief naïf qui représente un monstre rugueux et cornu en train de dévorer un chevalier dont on ne voit plus que les jambes.

La rue de la Bonneterie célèbre pour sa légende réaliste de l’égout de monsieur Cambaud, véritable enfer des cuisinières, où une servante peu charitable, qui jetait le pain des pauvres aux chiens, hurle changée en chien pendant les nuits d’orage.

La rue des Teinturiers, un morceau de l’Isle-sur-Sorgues transporté dans Avignon, avec son canal et sa procession de grandes roues en marche sous les platanes.

La place Saint-Pierre et son église dont Saboly l’exquis faiseur de noëls, fut le maître de chapelle.