La place Pie, où des fanatiques démolirent la maison du docteur Perrinet Parpaille, primicier de l’Université d’Avignon, décapité comme Huguenot et puis pendu (supplice étrange) et qui dut embarrasser l’exécuteur ! en 1563.

Et près de la rue, maintenant, hélas ! débaptisée, du Cimetière du Bourreau, la place Saint-Didier au milieu de laquelle se dressait une croix surmontée d’un coq en pierre qui devait chanter à la fin du monde.

Partout des ruines de couvent, partout des chapelles : pénitents bleus, violets, blancs et rouges ; partout des restes d’hôtels seigneuriaux, de palais cardinalices. Mais où sont, hélas ! les hôtelleries de l’Avignon des papes et des vice-légats que chantèrent la Belaudière et d’Assoucy, le Coq, les Trois Testons, les Quatre Deniers, le Chapeau d’or, le Sauvage, la Lamproie ; où sont les mails, les lices, le jeu de paume, et cette rue de la Madeleine couchée avec ses bains publics et ses lieux de plaisir si célèbres vers 1500 ?

Le hasard, Providence des voyageurs ! nous conduit au marché, à l’heure voulue. Une foule : des Avignonnaises, des Contadines en négligé, fraîches sous les brides flottantes de leur Catalane, quelques costumes arlésiens, à la fois sévères et somptueux. On crie et on cause, en provençal toujours ! Qui veut des raisins, des jujubes, des pastèques à la tranche, des grenades mûres en train de saigner ? Les tentes rayées de rouge et de bleu, dont la longue rue, dans toute sa longueur, est plafonnée, laissent passer çà et là un rayon matinal, comme une barre d’or, et jettent sur ce mouvant tableau leurs gais reflets multicolores.

Quelques pas sous un arceau, et nous voici en pleine Juiverie : la rue Abraham, la rue Jacob, deux étroits boyaux où descend d’entre les toits un peu de lumière, mais où jamais le soleil n’a lui ; la place Jérusalem entourée de hautes maisons tristes, aux fenêtres serrées, quelque chose comme un préau de prison, et dans un coin, la synagogue. Là se trouvent le puits de la communauté, et le four pour les pains azymes.

Tel est le Ghetto où, du temps des papes et jusqu’à la révolution française, les juifs d’Avignon étaient renfermés. Dans le mur, à l’entrée, le guichet grillé du gardien se voit encore.

D’après les statuts d’Avignon de 1580, il est défendu aux juifs de sortir de la Juiverie à partir du mercredi saint jusqu’au second jour de Pâques inclusivement.

Ils doivent en tous temps porter un chapeau de couleur jaune qui permette de les distinguer des chrétiens, et les juives, un signe de même couleur.

Les juifs ne pouvaient avoir ni acquérir aucun domaine direct dans la ville et son territoire.

La populace les pillait souvent.