Mistral n’était pas venu : Mistral a les maçons et se fait bâtir une maison neuve à Maillane.
Anselme Mathieu, le poète des baisers et des bons vins, devenu la veille propriétaire de l’Hôtel du Louvre, vaquait à ses devoirs nouveaux.
Quant à Roumanille, il pressait son Armana, l’almanach des félibres, composant au dernier moment une de ces pièces de vers diamantines qui font à la fois rire et pleurer, ou ces inimitables cascarélètes, « joie, soulas et passe-temps de tous les peuples du Midi ! »
Peut-être désirez-vous savoir ce que sont les félibres ?
Les félibres…
Mais Aubanel avait dit cela, et mieux que je ne pourrai le dire dans un discours prononcé quelques jours auparavant à Forcalquier et dont il corrigeait les épreuves en nous attendant :
« Le 21 mai de l’année 1854, sept jeunes hommes étaient réunis au châtelet de Fontségugne, là-bas dans le Comtat, sur la montagne de Château-neuf-de-Gadagne. Connaissez-vous le châtelet de Fontségugne ? Un nid de rossignols perdu dans le feuillage. Bien sûr un nid de rossignols, car sans cesse les félibres venaient y chanter, au bruit des fontaines gazouillantes, en face de cette autre fontaine poétique, la grande roche blonde de Vaucluse. C’est là, comme dit une préface du Liame de Rasin, que furent applaudis les premiers chants de Mireille, qu’Aubanel a vu sa Grenade en fleur, que Crousillat faisait goûter le miel de sa Ruche, que Mathieu a commencé sa Farandole et que Tavan a fait entendre le tintement de son hoyau.
Les sept jeunes hommes : Brunet et Paul Giéra d’Avignon, Anselme Mathieu de Châteauneuf-du-Pape, Mistral de Maillane, Roumanille de Saint-Remy, Tavan de Gadagne, avec le félibre qui a l’honneur de vous parler, tous embrasés pour le beau, tous enivrés de l’amour de la Provence, en une séance mémorable et solennelle, fondèrent le Félibrige et arrêtèrent le plan du premier Armana.
Nous avons fait du chemin depuis lors, un glorieux chemin !