— Hue ! limonier, hardi ! cria-t-il.
Les chevaux partirent à sa voix, et les deux charrettes se mirent en marche.
Cependant la foule qui attendait aux portes de la ville s’était dit en entendant le second coup de feu : — Perdigal s’annonce, il fait la bravade ! Alors le tribunal devant qui devait paraître Carmentran s’organisa avec avocats, accusateurs et juges : les gamins, escomptant une condamnation certaine d’avance, entassèrent les fagots qu’ils quêtaient depuis le matin pour construire un bûcher digne d’un tel personnage, et une farandole se mit en branle, chantant sur l’air consacré la chanson funèbre et comique :
— Adieu pauvre !… Adieu pauvre !… Adieu pauvre Carmentran !
Tout à coup les éclaireurs partis en avant se replièrent à toutes jambes :
— Le voici ! le voici !
Ses pieds au niveau de la croupe enrubannée des chevaux, immense, dominant la foule, alors Carmentran apparut. Il avait un habit rouge à parements d’or, un gilet blanc, des culottes bleues dans des bottes en cuir verni ; un tricorne à pompon couronnait sa perruque de chanvre ; et il s’avançait ainsi, avec son masque goguenard, bercé au branlement de la charrette, et tenant écartées, comme pour bénir, deux mains énormes au bout de deux bras raides, ronds et courts.
— Qu’il est beau !… qu’il est grand !… il n’entrera jamais par la porte !…
— On ne voit pas Perdigal. Eh ! Perdigal !…