— Fichu pays ! dit le gendarme.

— Plus haut, c’est mieux, dit le brigadier.

De loin en loin, aux endroits où le torrent fait coude, son lit étroit s’obstruait de blocs qui, tombés des flancs de la montagne et roulés par les dernières crues, restent là, galets gigantesques, jusqu’à ce qu’une crue plus forte, se frayant passage, les pousse quelques mètres plus bas.

Il fallait alors mettre pied à terre, et, tirant les chevaux par la bride, chercher sur le talus, dans la marne pulvérulente, un bout de sentier à peine marqué qui, presque aussitôt, redescendait au torrent après avoir tourné la barricade.

— Nous aurions bien fait de laisser nos montures, dit le brigadier.

— En effet ! répondit le gendarme.

Et comme en cet endroit un peu d’eau, coulant d’une veine d’argile, s’amassait limpide et froide dans une sorte de bassin naturel, le brigadier rafraîchit du creux de la main les naseaux palpitants de « Mademoiselle », et les parfuma d’une poignée de lavandes froissées. Le gendarme Chabre l’imita, et l’on remonta à cheval.

— Est-il possible, dit le gendarme, que des chrétiens soient venus se percher ici, quand il y a tant de riches biens dans la vallée !

— La chose remonte au temps des seigneurs, reprit le brigadier qui, grand écouteur et souvent en rapport, à l’occasion de descentes judiciaires, avec les magistrats du chef-lieu, avait fini par se faire ainsi un petit trésor d’érudition locale.

— Au temps des seigneurs ? tiens ! tiens ! tiens !