— Oui ! les seigneurs, étant les maîtres, gardaient pour eux les bonnes terres, qu’ils faisaient cultiver par corvées ; mais ils cédaient volontiers aux pauvres gens celles d’en haut à défricher.

— Pas bête cela ! dit le gendarme.

— Seulement, continua le brigadier, à l’époque de la Révolution, les propriétés des seigneurs s’étant vendues, chacun a voulu descendre, de sorte que, tout le haut pays est peu à peu retourné en pâture. Regardez plutôt…

Et, sur le plan boisé des montagnes, il montrait du doigt çà et là de grands carrés jaunes et nus, restes évidents d’anciennes cultures…

— … De toutes ces fermes du haut pays, une seule reste habitée, le Jas d’Entrepierres où nous allons. Il est vrai qu’elle se trouve à l’abri dans un creux, que les noyers y sont superbes, que la vigne et le froment y poussent ; sans compter une fontaine à trois canons crachant l’eau claire été comme hiver.

— Les belles eaux, conclut le gendarme, sont l’apanage des montagnes !

Tout à coup le brigadier s’écria :

— Nous y sommes, voici les ruches !


Dans une excavation de grès friable, dominant un parterre naturel de lavande, de thym et d’autres herbes odorantes, se groupaient au soleil quelques tronçons d’arbres creux, avec une tuile pour toit, auprès desquels des abeilles voletaient.