Elles n’avaient pas tort de tant se presser !

Le soir même, au soleil couchant, nous les voyions toutes reparaître, et bien d’autres avec elles. Il y en avait tant et tant qu’elles tenaient la moitié du ciel. La neige les chassait, une neige du diable, qui venait d’en bas, des montagnes de Corse, poussée par le vent.

La neige venant d’en bas ! Cela ne s’était peut-être jamais produit depuis que le monde est monde. Mais il était dit que cette année-là en cherchant le bon soleil, les hirondelles devaient rencontrer l’hiver.

Si vous les aviez vues, les pauvres petites bêtes noires, arrivant morfondues à travers la neige qui tombait ! Tout se tait quand la neige tombe ; on n’entendait autre chose que leurs cris. C’était une compassion.

Et malgré le froid, malgré le vent, malgré la neige, elles volaient d’ici, de là, dans les tourbillons, espérant trouver leur nourriture. Mais la neige avait lavé l’air, il n’y avait plus ni moucherons ni mouches.

A moitié mortes de faim et de froid, les hirondelles venaient par bandes s’abattre aux vitres des fenêtres, sur les cheminées d’où la fumée les chassait, dans les trous des murs, le long des corniches, partout où il y avait le moindre abri.

Des centaines et des centaines pendaient en grappes aux rebords des toits, battant des ailes pour se réchauffer, comme un essaim au bout d’une branche. Aussi loin que l’œil pouvait aller, tout ce qui n’était pas blanc de neige était noir d’hirondelles.

— Quel désastre, Myon ! et comment firent les autres oiseaux ?

— Ceci, par exemple, je ne saurais vous le dire…

— Oui, que devinrent les coucous, les rossignols, les…?