— Mais, dis-je, cette eau n’est pas sainte ?
— Qu’importe, petit, puisque la foi sauve !
Et, sa provision faite, il descendit vers Canteperdrix, tirant le petit âne par la bride, clochetant de la main gauche et criant : — Qui veut de l’eau ! Qui veut de l’eau de Notre-Dame de la Salette !
II
Comme quoi Saint Pouderous se trompa.
Vous ne connaissez pas saint Pouderous ?
Non !… Sans doute, vous le connaîtriez si le sort vous eût fait naître, comme moi, sur un des rocs pelés et gris, égayés de quelques maigres oliviers pour toute verdure, qui, vers les confins du Dauphiné, bordent, plusieurs lieues durant, la Durance provençale.
C’est là que, de temps immémorial, saint Pouderous habite.
Je dis « de temps immémorial ». En effet, on ne sait rien dans le pays de lui ni de ses origines ; et l’Église, tenant en véhémente suspicion ce saint sans répondant ni aïeux, ne lui tolère une sorte de culte que par horreur du bruit, esprit de prudence, et pour ne pas indisposer des villageois plus superstitieux que dévots, qui, si on leur enlevait leur Pouderous, seraient capables de ne plus croire en Dieu.
Quel qu’il soit, bienheureux authentique ou non, saint local dont l’histoire s’est perdue ou divinité païenne entrée en religion par suite de la dureté des temps, ce Pouderous possède là-bas son ermitage et sa chapelle, perchés tous deux à mi-côte, en belle vue de la vallée, avec ce qu’il faut à une chapelle et à un ermitage : la cloche suspendue à la fourche d’un tronc moussu, la croix rustique fichée dans la fente d’un rocher, le bouquet de chênes, le petit jardin et la source.