L’ermite est un ancien hussard venu là pour des peines de cœur. Ayant laissé pousser sa barbe, il a maintenant l’air vénérable. Mais, la barbe écartée, on trouve dessous un assez bon diable chez qui l’amour de la solitude n’a pu éteindre un certain goût qu’il eut toujours pour l’absinthe suisse. Il en possède un tonnelet dans le creux d’un arbre dont il a fait sa cave, et en cède parfois, moyennant finances, un verre au chasseur altéré, lui tenant tête volontiers, sous son bouquet de chênes, près de sa source, et battant la purée verte militairement, sans que la soutane le gêne.
L’heureux homme !
Il n’en est pas de plus populaire que lui dans toute la vallée ; et quand on l’aperçoit, de très loin, descendant le sentier en zigzag, avec son grand chapeau et sa grande besace, c’est fête au village, les enfants accourent, les femmes sortent sur les portes :
— Bien le bonjour, ermite !
— Ermite, entrez donc boire un coup.
Alors il remercie le ciel et se félicite d’avoir renoncé aux grandeurs militaires pour servir le saint remarquable qui s’appelle saint Pouderous.
Car, voyez-vous, saint Pouderous n’est pas un saint comme tant d’autres. Pour un cent de messes et autant de neuvaines, on ne saurait obtenir de lui qu’il sèche une plaie, qu’il équilibre un bancal ou qu’il redresse un bossu. Pouderous répugne aux emplâtres, aux béquilles ; ses miracles à lui sont gais, et sa spécialité joyeuse.