L’ermite de l’endroit, suant dans sa soutane trouée, semblait lui donner des conseils.
— Capucin de sort ! disait Cogolin, en voilà un saint qui a l’âme dure !
Et l’assistance éclatant de rire :
— Chut ! Cogolin, soupirait l’ermite, tu blasphèmes saint Barbejou.
C’était, en effet, saint Barbejou, le cou sur un chevalet, ses pieds joints sur l’autre, que Cogolin taraudait ainsi, en longueur.
Ce saint Barbejou, barbarement taillé dans un tronc de poirier sauvage, était un vieux saint d’origine fort contestée, païen sans doute, ainsi que l’indique son nom, qui veut dire en latin : barbe de Jupiter.
Mais, païen ou pas, ce saint Barbejou avait de tout temps été pour ses ermites une source de revenus et de gloire.
Les Pamparigoustais, braconniers et contrebandiers, ne hasardaient pas de coup sans lui faire un vœu, et Notre-Dame-de-la-Garde, elle-même, n’était pas plus riche en ex-voto que ce problématique saint de bois.
De plus, une fois par an, le jour de sa fête, tout Pamparigoust, en procession, s’en allait le tirer de la niche qu’il occupait dans l’église paroissiale ; et les quatre plus gaillards du village le portaient par des sentiers pierreux et rudes, jusqu’à la chapelle de l’ermite située à deux lieues de haut dans la montagne.