Enfin, cette année…, ah ! cette année…, ils m’ont déclaré, les brigands, que le tronc de poirier était trop lourd, qu’on en riait dans tous les villages de la vallée, et qu’enlever un peu de bois à saint Barbejou ne saurait lui faire du mal… Mais halte-là charron ! c’est poussé assez loin. Avec ta tarière d’enfer, tu vas faire sauter à mon saint le crâne et la mitre.
— Le voilà léger comme un carton, votre saint ! Si demain, les paroissiens refusent, vous pourrez le monter vous-même sous le bras.
Et, retirant sa longue tarière de l’intérieur de saint Barbejou, Cogolin la cogna du bout sur sa forte semelle pour en faire sortir les copeaux.
— Tais-toi, huguenot ! dit l’ermite, qui les ramassa, probablement avec l’intention de les vendre comme reliques.
Puis, marmotant je ne sais quoi, et faisant aller sa barbe de bique :
— Notre évêque l’a bien dit au prêche : « Les saints pèsent trop aux épaules, il n’y a plus de religion à Pamparigoust ! »
LE BON TOUR D’UN SAINT.
Ceci sera donc l’aventure du Diable et du Saint, aventure aussi admirable que véridique, par laquelle il est parfaitement prouvé que l’esprit jésuitique existait sur terre des siècles avant Loyola, et qu’il en cuisit toujours même aux diables du plus fin poil de s’en fier à la parole des gens d’église.
Je vous la raconterai simplement, telle qu’elle m’a été racontée, il n’y a pas plus de huit jours, par un vieux pâtre en manteau couleur d’amadou qui, tandis que ses chèvres paissaient, s’était étendu au grand soleil et prenait le frais à la provençale.