Un soir que Perdigal et Geneviève revenaient de la carrière, par le plateau, côte à côte, sans rien se dire, mais leurs pensées intérieures allant côte à côte comme eux :
— Hélas ! si j’avais su ! soupira Geneviève.
— Si nous avions su ! répondit Perdigal.
Puis ils se turent, ayant entendu sonner dans les pierrailles les souliers ferrés de Lenthéric.
A partir de ce moment, sans que rien de plus se fût passé, Perdigal multiplia ses voyages. Pour lui comme pour Geneviève il n’y avait désormais d’heureux jours que les rares jours passés ensemble. Marseille vainement promettait ses joies ; vainement, pour l’attarder, les chambrières prodiguaient leurs œillades, leur rire à belles dents et les reculs effarouchés qui montrent le pli du cou et font saillir le corsage :
— Je suis pressé, mesdemoiselles, on m’attend à Saint-Domnin !
Mais qu’elle lui paraissait longue maintenant cette route qu’il parcourait si gaillardement jadis !
Une fois, Perdigal resta deux mois sans paraître : l’héritage d’un oncle, puis un voyage indispensable dans le Bas-Languedoc, pour des vins. Alors Geneviève fut si triste que Lenthéric lui-même s’en aperçut.
— Écoute, Vivette, c’est de ton pays que tu t’ennuies. D’un autre côté, voici longtemps que MM. Damase m’ont fait promettre d’aller là-bas, pour une commande. Si tu veux, nous nous embarquerons demain dans la voiture et nous resterons à Jouques quatre ou cinq jours.
Après les cinq jours, on voulut retenir Vivette.