— Ah ! mon pauvre monsieur, si vous saviez, cela rend si peu ! »
En effet, la pauvreté, une pauvreté décente, se lisait d’un coup d’œil à tous les coins de l’humble logis.
La vieille nous servit sur un bout de nappe très blanche une collation de pain bis, de noix et d’eau claire, puis on fit marché pour un certain nombre de pots de miel qu’un homme qui travaillait plus haut dans le bois nous apporterait au prochain samedi, en allant vendre ses fagots à la ville.
Les pots pesés, l’argent compté, tante Annette tira quelques menus présents d’un panier dont le contenu m’intriguait.
— « Tenez ! voici pour vous une capeline de laine, et un couteau à plusieurs lames pour votre cadet qui s’est mis berger. »
Un reflet humide et fugitif — c’est ainsi qu’on pleure à soixante et dix ans — brilla dans les yeux de la vieille qui tournait, retournait le couteau, et, de ses mains ridées, palpait lentement la chaude étoffe. Elle hésitait pourtant, avec une enfantine envie d’accepter.
— « Vous êtes de braves gens !… la capeline me tiendrait chaud cet hiver, et Cadet serait bien heureux… Mais j’aurais trop peur que les abeilles…
— Prenez, mais prenez donc ! Les abeilles n’ont rien à voir là-dedans… C’est en dehors du prix du miel, c’est pour votre pain et vos noix. »
Nous étions déjà au bout du champ, et la vieille répétait encore :
— « Pour le pain et les noix ; c’est bien cela ! sans quoi les abeilles se seraient dépitées. »