— Mon oncle, mon oncle, il y a un mort. — Comment ? un mort ! — Il y a un mort dans la maison. Voyez ! les abeilles ont le crêpe.
En effet, la demi-douzaine de ruches alignées le long du rocher, troncs d’arbres creux que recouvre une pierre plate, portaient chacune un chiffon noir.
Mon oncle dit, ému : — Le vieil Homobon serait-il mort ?
Le vieil Homobon était mort. Une voisine le gardait. Son petit-fils, qui venait de partir pour les Trois-Tours, avait dû nous manquer en voulant prendre le raccourci. Sur quoi mon oncle décida que l’enterrement aurait lieu le surlendemain et fit les prières.
Où étaient Saint-Trinit, M. Bienteveux, son déjeuner ? La journée s’annonçait funèbre.
Une fois hors de la maison, j’interrogeai mon oncle du regard. — Que veux-tu, me répondit-il, devinant sans doute ma pensée, que veux-tu ? Jacques ! M. Bienteveux, aujourd’hui, se passera de notre compagnie. Nous ne pouvons pas, pour un divertissement profane, promener tout le jour le corps du Sauveur par les chemins. Sa place est dans le tabernacle. Nous allons, au lieu de descendre à Saint-Trinit, retourner chez nous, tranquillement.
Comme les Trois-Tours maintenant me paraissaient tristes ! Et comme Saint-Trinit par comparaison s’embellissait dans mes souvenirs avec ses prés fleuris de narcisses, et ce chemin à travers les prés le long duquel le bruit des eaux courantes vous accompagne. En vérité le vieil Homobon aurait bien pu attendre encore un jour ou deux avant de mourir.
Mon oncle devenait songeur, et je crois qu’au fond il partageait mes regrets : les saints eux-mêmes ont leurs faiblesses.
Nous nous étions pourtant remis en route quand, au premier détour, sous le rocher où s’alignaient les ruches, nous rencontrâmes une gardeuse de moutons qui, nous voyant passer, se signa.
— Je dis à mon oncle : — C’est Sylvanie !