Il le faisait pourtant quoique ce lui fût une corvée, entrant par la porte de la sacristie dont il avait une clé, coupant de biais la grande nef, et gagnant l’étroit escalier du clocher qui s’ouvre dans le mur, à côté de la chapelle des fonts baptismaux.
Depuis longtemps, mais seulement le matin du Jour des Morts, quand il passait devant la chapelle des fonts baptismaux, Jean-Joseph Moutte croyait entendre, au fond de cette chapelle, un léger bruit de papiers remués comme si quelqu’un tournait dans l’ombre les pages d’un livre.
Jean-Joseph Moutte disait : « Ce sont les rats ! » Il disait encore : « C’est le vent qui souffle par l’angle d’un vitrail cassé. »
Mais jamais il n’y regardait, préférant rester dans le doute, ayant peur sans savoir pourquoi, de ce qu’il pourrait découvrir.
Une année pourtant la curiosité l’emporta. Sa femme était malade, et cela le préoccupait. Comme les papiers remuaient, il poussa doucement la grille qui sépare la chapelle du chœur, et dirigeant la lumière de sa lanterne vers l’endroit d’où venait le bruit, il aperçut — grand ouvert sur le couvercle en marbre de la cuve, noir et constellé des larmes des cierges — le grand registre des baptêmes qu’il savait devoir être fermé, puisqu’il l’avait épousseté la veille, et bouclé de son large fermoir.
Chose étrange et qui lui donna la chair de poule, devant ses yeux une feuille, deux feuilles tournèrent, comme si une main invisible les eût feuilletées, et, en tête d’une des pages, il put lire l’acte de naissance de sa femme.
Jean-Joseph Moutte ne dit rien de ceci à personne, mais tristement il pensa : ma pauvre femme est morte ! et, en effet, dans les quinze jours, sa femme mourut.
A partir de ce moment, Jean-Joseph Moutte n’osa plus monter seul au clocher.
Sous prétexte que les forces lui manquaient pour mettre en branle la grosse cloche, il se faisait accompagner de deux ou trois amis, et c’était là-haut, tout en l’air, dans la gaieté du jour levant, de petites fêtes où, entre deux sonneries, histoire de reprendre haleine et de se distraire, on buvait du vin blanc en mangeant des châtaignes.
Une fois pourtant qu’on avait bu un peu plus de vin blanc qu’à l’ordinaire, Jean-Joseph Moutte ne put se retenir et raconta à ses amis ce qui se passait tous les ans à la chapelle des fonts baptismaux.