Il avait tort, Perdigalet, grand tort de maudire la neige. Car, étant entré dans le bois, il aperçut au milieu des gazons et des mousses une fleur, puis une autre fleur et ces fleurs d’un rouge magnifique, comme il n’en avait plus revu en aucun pays depuis son départ, étaient les mêmes qui brillaient là-haut, dans le jardinet du Puy-Pagan.
Il comprit alors, le cœur plein d’espérance et de joie, que ces graines sauvées du bec des oiseaux par la neige avaient germé, poussé, fleuri ; que pendant son absence, en l’attendant, elles s’étaient multipliées. Et à mesure qu’il avançait, c’était comme un tapis de pourpre qui, se déroulant sous ses pieds, le mena droit jusqu’au château.
— Et puis ?…
— Et puis, mes enfants, il est probable que Bautézar donna son consentement et que Perdigalet épousa Mourette. Mais je vous dirai la fin une autre fois quand vous aurez atteint le sommet du Puy-Pagan en suivant le chemin de Perdigalet, que les fleurs, au retour du printemps, indiquent encore.
Tel fut le conte de la vieille. Et jamais personne ne saura ce qu’il m’a fait user de souliers à clous et de culottes, quand, sur sa foi, aux jours d’école buissonnière, nous cherchions à travers les ronces et les roches, et toujours inutilement, hélas ! malgré la présence des fleurs rouges, le sentier introuvable qui mène au féerique jardin de Puy-Pagan.
UN CHASSEUR DILIGENT
Je rencontrai Anseaume hier, dans les Champs-Elysées, au sortir de l’Exposition canine. Sa présence à Paris ne me surprit qu’à moitié : Anseaume est grand chasseur, et qu’il s’agisse d’un mariage de bassets ou d’un essai d’arme nouvelle, rien de ce qui intéresse l’art cynégétique ne lui demeure étranger. Anseaume pourtant me parut triste, il avait le regard mouillé derrière ses sourcils en broussailles, et l’aspect seul de ses moustaches de boucanier eût suffi à révéler les secrets chagrins de son âme, car si la moustache droite retombait toujours magnifique et pleine jusques au-dessus du menton, la moustache gauche, celle qu’il mordille d’un tic obstiné les jours où quelque ennui le préoccupe, se hérissait, déplorablement courte et comme rognée aux ciseaux sur un coin de sourire amer.
Anseaume vint à moi, et me serrant la main à la briser :
— « Tu as sans doute appris la nouvelle… On te l’a écrit ?… »
Je n’avais pas appris la nouvelle et personne ne m’avait rien écrit ; mais à l’accent désolé d’Anseaume je me mis tout de suite en tête que son frère, malade depuis longtemps, était mort ; et, prenant une physionomie de circonstance, j’essayai consciencieusement de lui broyer la main à mon tour.