— « Quelque chose brille là-bas, au pied des coteaux, à travers les arbres. — Ce ruban d’argent ? c’est la Seine ; on peut y descendre par la Jonchère, en côtoyant les étangs de saint-Cucufa. — Alors, allons aux étangs, allons à la Seine… — Nous irons puisque tu le veux, soupira La Dieuville, on est pourtant si bien ici ! mais avant de partir, il faut que j’arrose. »
Avec quoi diantre arrosera-t-il ? me disais-je fort intrigué, je n’aperçois pas même de citerne.
La Dieuville souriant, remontait déjà de la cave, un siphon dans chaque main, un sous chaque bras.
— « Que penses-tu de l’invention ? Tu ne saurais croire combien c’est commode. »
Or, devinez ce que faisait La Dieuville ?
Par petits jets secs, parcimonieusement, mais en conscience, La Dieuville, agronome ingénu, arrosait ses fleurs d’eau de seltz.
Près de l’étang de Cucufa, bordé de grands roseaux que la brise emmêle, et pareil, sous sa floraison de nénuphars, à un ciel de cristal incrusté d’étoiles d’argent, La Dieuville me dit tout à coup :
— « En faisant un petit crochet nous pourrions rencontrer peut-être Prosper Marius et Pontalais. — Ils habitent donc par ici ? — Oui ! ils ont loué quelque chose à mi-côte, entre La Celle et Bougival. Pêcheur et chasseur, chacun d’eux peut ainsi suivre son plaisir sans gêner l’autre. »
Le hasard nous servit.
A ce moment un solide gaillard à barbe rousse débouchait d’un sentier sous bois. Le vrai type ataviquement conservé de ces hommes aux yeux clairs, aux cheveux dorés, qui joyeusement, dans les antiques forêts de Gaule, attaquaient l’auroch avec l’épieu. Il avait des souliers ferrés, de fortes guêtres, et marchait suivi d’un grand chien.