Un jour Moricaud manqua à l’appel.
Où diantre s’en était-il allé ? Sans doute où vont les chats quand l’amour les taquine.
Mais voilà qu’au milieu de la nuit, la sonnette se met à sonner toute seule. On s’effraie, on s’empresse ; s’il y avait des revenants dans la maison ? Non ! c’est tout simplement Moricaud qui, de retour et pressé par la faim, s’était suspendu à la corde, et sonnait, sonnait comme un sonneur ivre, dans l’espérance de faire venir le mou.
Comment ne pas aimer les chats !
Quoique l’heure presse et que le papier à noircir pour aujourd’hui diminue, je ne déposerai pas la plume sans vous raconter, à propos des mêmes chats, une attendrissante anecdote qui prouve que chez eux, — a-t-on assez mal compris, a-t-on assez calomnié leurs semblables ? — le cœur était à la hauteur de l’esprit.
Comme dans tant d’autres maisons, il se trouvait dans la maison aux chats un grand-père, vieil homme presque octogénaire mais solide encore, et qui, pour rien au monde, n’eût manqué d’aller tous les jours boire son verre, fumer sa pipe et faire sa partie d’avant dîner au café du bout de la ville.
Grand-père aimait beaucoup ses chats, ses chats aussi l’aimaient beaucoup ; et ils le lui prouvaient chaque soir à l’heure de son retour du café, en allant au devant de lui jusqu’au coin de la prochaine rue, tous de front, leurs trois queues en l’air. Là, des ronrons récompensés par des caresses. Puis, les chats se remettaient en marche, et, tous de front, leurs trois queues en l’air, précédaient grand-père jusqu’à la porte.
Par malheur, au commencement de l’hiver, grand-père tomba malade. On lui prescrivit un repos absolu, sa chambre fut consignée, et les chats ne le virent plus.
Ceux-ci ne savaient pas ce qu’était devenu leur ami ; et chaque soir, à l’heure ordinaire, ils allaient jusqu’au coin de la prochaine rue, attendaient un instant, puis s’en retournaient la queue basse et l’air désolé, conduite qui faisait l’étonnement et l’édification de tout le voisinage.
Or, certain jour passa par la ville un vieux chercheur de pain à peu près du même âge que le grand-père, et qui, avec sa canne, sa barbe blanche, ses habits râpés mais fort propres, n’était pas sans lui ressembler.