Il passait justement à l’heure habituelle du grand-père, et les chats, le voyant venir, y furent trompés.
Tous en rang, leurs trois queues en l’air, ils allèrent à la rencontre du pauvre, passèrent, repassèrent entre ses jambes, et le pauvre, en les caressant, murmurait : « Seigneur, mon Dieu, les braves chats ! »
Puis ils se mirent à marcher devant lui, au grand étonnement du pauvre qui, tout de même, les suivit.
Il les suivit jusqu’à la porte de la salle à manger qui, selon la coutume de certaines provinces, se trouvait au rez-de-chaussée, donnant sur la rue.
Et, comme le dîner était servi, pour ne point se montrer moins charitables que les chats, honnêtement on invita le pauvre à prendre place autour de la table, dans le fauteuil même du grand-père.
Et le vieux pauvre disait toujours, tout en montrant grand appétit :
— Seigneur, mon Dieu ! la bonne ville où, pour vous montrer le chemin, on dépêche de si braves chats !
LE BON IVROGNE
Cette vigne m’a fait rêver, s’ouvrant ainsi sur le mur gris, par un triste jour déjà froid, frissonnante et crucifiée. Plus au nord, la vigne cesse de pousser ; celle-ci, dans le pays, est la dernière. Aussi de quel orgueil le bonhomme en sabots dont elle festonne la chaumière, montre-t-il sa vigne à ses voisins : pampres dépouillés et maigres grappes qui pour mûrir ont l’air d’attendre la gelée.
Elle m’a fait rêver, cette vigne en exil, comme le symbole du rustique paganisme d’autrefois et du respect que nos aïeux avaient pour la plante sacrée.