« C’est Barnabé, il faudrait le suivre !… »
On le suivit donc, cartable au dos, pendant que chez nos parents le dîner attendait.
A vrai dire, la route fut longue ; car, soit calcul ou bien instinct, Barnabé, se méfiant des grands espaces et désireux d’avoir toujours un mur sous la main, nous promena une heure durant dans un réseau d’étroites ruelles.
Nous le vîmes enfin s’arrêter devant une auberge où pendait un buis vert. Il parut hésiter, puis, se fouillant, il jeta au ruisseau les quelques sous qui lui restaient dans la poche. Cette détermination nous combla de joie, d’abord à cause des sous que les moins honteux ramassèrent, et aussi parce que Barnabé — nous le savions — jetait ses sous alors seulement qu’il avait résolu de regagner le logis. Or la rentrée nous promettait, entre sa femme Scholastique et lui, une amusante comédie.
La vieille Scholastique filait sur son perron :
— « Te voilà donc, ô Mange-enfants, Songe-fêtes, Outre-mal-cousue ! »
Silencieux, le bon ivrogne courbait la tête sous l’orage.
Scholastique reprit :
— « Se mettre dans un tel état ? Va-t-en à l’écurie, retrouver tes pareils ! »
Barnabé essaya d’abord, tentative fort hasardeuse, de monter les quatre marches du perron. Mais, ayant buté, il ne s’obstina point, et, résigné, avec un sourire qui semblait dire : — « Après tout le conseil de ma femme a du bon », il leva le loquet et poussa la porte de l’écurie.