Mais, tout en lavant sans rien dire, elle levait parfois la tête et regardait sournoisement la belle dame et son garçon.
La dame lisait dans un livre, au grand étonnement de la Sempiterne, qui n’avait jamais vu faire cela qu’au curé ; le garçon, voulant lier connaissance avec la chèvre, avait franchi le ru où se déverse la fontaine. Quelquefois, quand il s’approchait trop, la chèvre tirait sur sa corde et le front baissé, menaçait. Alors le garçon s’enfuyait, peureux et content d’avoir peur.
Courant de la sorte, il tomba.
— « Henriquet !… Henriquet !… » s’écria la belle dame.
Mais déjà la vieille Sempiterne s’était dressée, et elle relevait l’enfant, tout en menaçant la chèvre de son battoir.
— Ah la païenne, ah la sans-cœur !… C’est le diable et ses cornes, cette bête !… T’as pas honte, dis ? t’as pas honte de faire ainsi frayeur au petiot ! »
La chèvre écoutait le discours. Henriquet émerveillé et qui n’avait plus peur du tout, osa lui caresser les poils de sa barbiche.
Cependant la belle dame demandait si on ne pourrait pas, le matin, apporter au hameau des Hautes-Feuillées un verre de lait pour Henriquet.
— « Pas avant un mois, tout au juste ! Faut auparavant que la chèvre chevreaute ; mais sitôt le biquet sevré, nous garderons le lait pour vous. »
A partir de ce moment, Henriquet prit en grande amitié la vieille Sempiterne et sa chèvre. Il venait à leur rencontre tous les jours sur le chemin de la fontaine. Mais ce fut bien autre chose encore lorsque la chèvre eut chevreauté et que son biquet la suivit. Henriquet le prenait dans ses bras ; il tétait au pis comme lui, et la chèvre le laissait faire.