Jean Mian pouvait se montrer ainsi prodigue, ses moyens le lui permettaient.
Avec son olivette, sa vigne, Jean Mian possédait en outre une écurie vaste comme une église, où, les jours de marché, il remisait, moyennant rétribution, les mulets et les ânes des villageois qui ne voulaient pas aller à l’auberge. Trois sous par tête et le fumier, ça fait de l’argent au bout de l’année !
Aussi Jean Mian passait pour riche ; on ne connaissait pas la fortune de Jean Mian.
Il y a trois semaines, maître Trabuquet, le notaire, fumait la pipe devant sa porte, quand il vit Jean Mian arriver. — « A Dieu soyez ! — Pour vous de même… Et quel mauvais vent vous amène ? — Voilà : je me fais vieux, je perds la mémoire, et, sans se méfier des voisins, à mon âge, on a tort de garder son argent chez soi. »
Là-dessus, Jean Mian mit entre les mains du notaire une de ces corbeilles en paille tressée dont se servent les gens d’ici pour donner pitance à leurs bêtes.
— « Mais ce n’est pas de l’argent, c’est de l’avoine. — C’est de l’argent aussi, tout est mêlé, vous me le trierez, j’ai confiance. »
Jean Mian s’en alla, le notaire prit ses témoins, et comme la brise était bonne, soigneusement, on se mit à vanner avoine et monnaie en pleine rue. L’avoine s’envolait, et, au lieu de bon grain, au fond du crible il retombait des pièces d’or.
Jean Mian avait prévu sa fin ; il la fit d’ailleurs édifiante.
Le sachant malade, l’abbé Gravaz, quoique brouillé, crut devoir monter chez lui.
Jean Mian, n’avait pas de rancune ; ils se réconcilièrent. Puis, de fil en aiguille, l’abbé Gravaz confessa Jean Mian et proposa, puisque l’occasion s’en trouvait, de lui apporter le bon Dieu : — « Apportez le bon Dieu, je vais un de ces matins loger chez lui, il convient que nous fassions connaissance. »