Charlotte s'était laissé tomber sur un fauteuil. Elle se prit la tête dans les mains et elle éclata en sanglots. Les mots de Frédéric étaient si directs, si vrais, ils débridaient si brutalement la plaie dont saignait son cœur, qu'elle en criait de douleur. Elle n'essaya pas de nier. Elle n'avait pas la force. Elle était trop misérable.

—«C'est vrai,» dit-elle à travers ses larmes. «Je l'aime et il ne m'aime plus. Qu'est-ce que cela me fait qu'on parle de moi? Qu'est-ce que tu veux que cela me fasse?... Je souffre tant, mon bon Frédéric! Je souffre tant!... Oui. Emmène-moi. Emmène-moi... Que je ne voie plus cette femme!... Mais alors,» continua-t-elle en se levant, «je le laisse à elle? Moi ici, ma présence le retient encore. Moi partie, plus rien ne les gênera... Non. Je ne veux pas, je ne peux pas partir.»

—«Tu partiras,» dit Frédéric. «Ma pauvre enfant, ne comprends-tu pas que c'est le seul moyen de le ramener, s'il a encore quelque chose pour toi dans le cœur? En ce moment, ta passion avouée flatte trop la vanité de cet homme pour qu'il te plaigne. Tu pars. C'est, pour tout le monde, et pour lui le premier, la preuve que tu n'es pas sa chose autant qu'il le croit, le signe que tu te reprends. Une minute de courage, et tu es sauvée. Laisse-moi donner les ordres, si tu n'en as pas la force.»

Déjà il appuyait sur le timbre électrique, en demandant:

—«Combien de fois pour la femme de chambre?»

—«Deux fois,» répondit-elle, retombée sur le fauteuil. Dans son état de détresse nerveuse, comment eût-elle résisté à la suggestion émanée de son camarade d'enfance?

—«Préparez tout de suite les malles de Madame la comtesse, Marceline,» dit Frédéric à la femme de chambre. «Mme la comtesse prend le train de cinq heures. Mon domestique a défait ma malle?»

—«Oui, monsieur,» répondit la femme de chambre, aussi stupéfiée que sa maîtresse avait pu l'être tout à l'heure.

—«Dites-lui qu'il la refasse. Envoyez quelqu'un mettre tout de suite cette dépêche au télégraphe... Quelle est l'adresse d'Édouard?» continua-t-il en s'adressant à Charlotte, et il libella, le télégramme annonçant, comme il l'avait dit, que la jeune femme quittait Dieppe pour Maligny, parce que l'air de la mer l'éprouvait trop.

—«Est-ce bien comme cela?» ajouta-t-il, en tendant la feuille à la malheureuse, qui répondit: « Oui» d'un geste brisé. Marceline, dont l'étonnement grandissait encore, prit la dépêche. Elle regardait sa maîtresse, comme pour demander une explication que celle-ci ne lui donna point. Quand elle fut hors de la chambre, Frédéric vint à Charlotte, et lui dit en lui prenant la main: