—«Ça, c'est un excellent premier apéritif de la soirée...»
—«Et vous, monsieur La Croix, une tasse de café? Non. Un peu de Kummel, ou de chartreuse?» me demanda Bonnivet, «pas même un doigt de cherry-brandy?»
—«Jamais de liqueur ni de café le soir...» lui dis-je, et j'ajoutai en souriant: «Je n'ai pas un estomac et des nerfs d'hercule...»
—«Il n'y a pas besoin d'être de la force de Machault pour aimer l'alcool. Voyez notre ami Molan», fit le mari, qui me regarda l'écouter prononcer ce nom. Puis, après un silence: «Est-ce que vous savez au juste ce qu'il a?...»
—«Je ne sais pas», répondis-je. «Il se surmène. Il travaille encore plus qu'il ne boit...»
—«Et il aime encore plus la petite Favier?» insista mon interlocuteur en me regardant à nouveau de son regard aigu.
—«Et il aime encore plus la petite Favier», répliquai-je sur le même ton d'indifférence.
—«Ça dure depuis longtemps, cette histoire?» demanda le mari après une seconde d'hésitation.
—«Depuis la Duchesse Bleue. Enfin, c'est une lune de miel au premier quartier...»
—«Et alors, sa maladie de ce soir, où justement elle ne joue pas?...» interrogea-t-il sans formuler toute sa question, que je complétai dans ma réponse, en lui donnant une forme cynique où se soulageait mon malaise: