Il m'avait regardé en me débitant ce discours, un peu hésitant, avec une perspicacité aiguë devant laquelle je ne bronchai pas trop. Si mon visage exprimait de l'étonnement, c'était de constater son aplomb dans la comédie. Il l'attribua sans doute à ma surprise devant ses nouveaux rapports avec celle qu'il continuait d'appeler la Reine Anne, et dont je savais moi qu'elle méritait d'être brutalement appelée la Fille Anne. Je comprends aujourd'hui qu'en observant cette étrange discrétion sur son triomphe, il ne cédait pas seulement à un simple calcul de prudence. Il y avait de cela, sans doute. Je le croirais sincère, il y comptait bien, et que je mettrais plus d'énergie à détruire les soupçons sans cesse renaissants de mon modèle. Il y avait aussi, dans cette discrétion succédant au cynisme de ses premières confidences, je m'en rends mieux compte à distance, un singulier détour d'amour-propre. J'ai noté souvent, chez le personnage que les femmes appellent, dans l'argot de leur franc-maçonnerie, «l'homme qui parle», cette anomalie. Elle n'est qu'apparente. Il vous raconte, un par un, en les enjolivant au besoin, les moindres préliminaires d'une aventure avec une femme, dont même les plus légères imprudences devraient lui être sacrées. Puis, quand il vous voit très convaincu qu'il va être l'amant de cette femme, il se défend, sur ce dernier point, d'une défense qui d'ailleurs la compromet comme un aveu positif. Ce suprême silence l'empêche, lui, de se juger trop sévèrement. La même vanité qui l'avait rendu bavard auparavant le rend silencieux après. Vanité ou remords, calcul ou dernier reste d'honneur,—quelle que fût la cause de cette subite interruption dans les confidences de Jacques,—il est certain qu'il ne se départit pas, ce jour-là, de cette discrétion enfin correcte. J'y gagnai d'avoir moins de mérite à être discret moi-même. Et, tout de suite, les événements se précipitèrent avec cette effrayante rapidité des catastrophes où les discussions, les sous-entendus, les demi-confidences n'ont plus de place. Je voudrais les raconter, ces suprêmes péripéties, non pas telles que je les ai vues, mais telles qu'elles me furent dites. Dieu! Si je retrouvais, pour ce récit, la naturelle et violente éloquence que la petite Favier eut pour me retracer ces scènes tragiques, comme ce maladroit récit s'animerait, se teinterait d'une chaude couleur de passion! Et pourquoi n'ai-je pas jeté aussitôt sur le papier, sous forme de notes, ces brûlants aveux qui m'ont poursuivi si longtemps?

VIII

Il y a toujours un coin de silence dans les plus sincères confessions des femmes. Il y en avait un dans celle de Camille. En m'initiant, avec les halètements d'une jalousie affolée par la certitude, à la dramatique découverte de l'appartement de la rue Nouvelle, elle ne m'avait pas révélé la vérité tout entière. Elle était déjà résolue à un projet d'une audace vengeresse, dans la minute même où elle affirmait qu'elle ne se vengerait pas. Elle me l'a avoué plus tard et qu'elle avait appréhendé mes conseils et mes reproches. Parmi les phrases entendues à travers la mince cloison qui la séparait du lit où sa rivale se donnait à leur commun amant, elle avait saisi quelques mots plus importants pour elle que les autres. Ce n'était rien moins que le jour et que l'heure du prochain rendez-vous. Cette petite Mme de Bonnivet, chez laquelle j'avais diagnostiqué les signes de la froideur la plus inéveillable,—détail qu'entre parenthèses Molan devait plus tard me confirmer brutalement—était, comme la plupart des femmes de ce genre, une coureuse de sensations. A chaque nouvelle intrigue, ces dépravées sans tempérament s'acharnent à l'espérance qu'elles naîtront, cette fois, à cette extase de l'amour toujours désirée, toujours fuyante. J'ai su depuis que c'était elle qui, malgré le danger,—ou plutôt à cause du danger—avait multiplié ces rendez-vous dont chacun risquait de se terminer tragiquement. Camille avait surpris le secret des vraies relations entre les deux amants un mardi, et, le vendredi, trois jours après, ils devaient se retrouver dans le petit appartement. Ainsi renseignée sur le moment exact de ce rendez-vous, une résolution folle avait envahi l'esprit malade de la pauvre Duchesse Bleue: attendre sa rivale devant la porte de la maison, l'aborder à la minute même où elle descendrait de fiacre et lui cracher au visage, là, dans la rue, sur le trottoir, toute sa haine et tout son mépris. A la pensée que l'arrogante Mme de Bonnivet tremblerait devant elle, comme une voleuse prise la main sur un couvert d'argent, l'actrice outragée éprouvait un frémissement de rancune assouvie. Sa vengeance serait plus complète encore. L'infâme piège où Jacques et Mme de Bonnivet l'avaient attirée, cette abominable invitation à figurer dans une soirée chez sa rivale, pour rassurer le mari, allait lui servir. Par prudence et pour ne pas se compromettre vis-à-vis de ce mari, Mme de Bonnivet devrait la donner, cette soirée, malgré tout. Et elle, Camille, y paraîtrait! Elle verrait celle qui lui avait volé son amant trembler devant ses regards, cet amant lui-même pâlir de la terreur qu'elle ne fit quelque éclat, et cette épouvante des deux coupables lui était à l'avance une de ces voluptés atroces comme s'en forge en pensée la haine! Les trois jours qui la séparaient de ce vendredi s'écoulèrent pour elle dans une attente grandissante. Je ne la vis pas dans cette crise, car elle mit un soin jaloux à m'éviter, de peur que je ne dérangeasse son projet. Mais elle m'a raconté ensuite que, jamais, depuis le commencement de sa liaison avec Jacques, elle n'avait éprouvé une telle fièvre d'impatience. Elle passa la nuit du jeudi au vendredi littéralement comme folle, et, quand elle partit de la rue de la Barouillère pour gagner la rue Nouvelle, il y avait trente-six heures qu'elle ne dormait ni ne mangeait. Elle avait entendu Mme de Bonnivet et Jacques fixer le rendez-vous pour quatre heures. A trois heures et demie, elle était sur le trottoir, en face des fenêtres du petit appartement, occupée à faire les cent pas, enveloppée de sa mante, méconnaissable sous le double voile roulé autour de sa figure, et ne perdant pas de vue la porte par où sa rivale devait passer. Il y avait alors, à l'angle de la rue Nouvelle et de la rue de Clichy, une station de fiacres qui devint aussitôt le terme de sa promenade. Car à chaque fois que sa marche la ramenait du côté de l'horloge de cette station, elle pouvait voir que l'aiguille marchait, comme elle-même, et rapprochait l'instant où elle allait enfin étreindre sa vengeance. Trois heures quarante... Plus que vingt minutes à attendre, moins peut-être. Trois heures cinquante, encore dix minutes. Quatre heures... Ils sont en retard... Quatre heures dix... Personne... L'aiguille est maintenant sur le chiffre vingt et ni Jacques ni Mme de Bonnivet n'ont paru!... Que se passe-t-il?... Devant ce retard d'autant plus inexplicable que, pour une femme du rang de celle que sa rancune guettait ainsi, les minutes de liberté sont comptées, une évidence saisit le cerveau de Camille, et acheva de l'affoler: les deux amants avaient changé le jour ou l'heure de ce rendez-vous. Ils avaient eu si souvent le loisir de se revoir depuis qu'elle les avait écoutés se prodiguer le tutoiement et les mots de libertinage, à deux pas d'elle! Qui sait? Le concierge l'avait sans doute remarquée, quand elle était partie, l'autre jour, quoiqu'elle eût profité, pour remettre la clef, d'un moment où cet homme était de nouveau hors de sa loge, occupé à causer dans la cour. Sans doute il avait prévenu Jacques de cette visite?—Quatre heures et demie... Toujours personne. Camille finit par se convaincre que de rester plus longtemps sur ce coin de trottoir était inutile, d'autant plus que, par cette fin d'un jour froid de février, un brouillard tombait, âcre et mêlé de grésil, qui la faisait grelotter. Elle lança donc un regard désespéré vers les fenêtres de l'appartement, toujours impénétrables, avec leurs volets fermés et qu'aucun filet de lumière n'éclairait encore, et elle se préparait à s'en aller, lorsqu'en fouillant de ses yeux une dernière fois cette courte rue, elle aperçut, arrêté de l'autre côté, en face de la station, un fiacre qu'elle n'avait pas encore remarqué, et, penchée hors de la portière, une figure qui lui donna un de ces accès de terreur où se dissolvent toutes les forces du corps et de l'âme: elle venait de reconnaître, sous le rideau à demi baissé du coupé immobile, Pierre de Bonnivet en personne!

Oui, c'était bien le mari de la maîtresse de Molan, non plus dans sa fonction risible d'époux, ombrageux et intimidé, d'une femme à la mode et qui souffre des coquetteries de celle qui porte son nom, en les subissant pour en profiter. C'était l'assassin à l'affût chez qui la jalousie a soudain éveillé le mâle primitif, la brute meurtrière, et dont les yeux, les narines, la bouche annoncent la volonté de tuer, quoi qu'il doive arriver. Il était là, fouillant la rue, lui aussi, de ce fauve regard. Le collet de loutre de son pardessus à demi relevé donnait à son poil roux et à son teint sanguin un reflet plus sinistre, et sa main qui levait le rideau pour lui permettre de mieux voir, dégantée et nue, semblait prête à saisir l'arme qui allait venger son honneur, là sur ce coin de trottoir,—sans plus de souci du monde et du scandale que si Paris était encore la forêt d'il y a trois mille ans où des demi-gorilles se disputaient à coups de haches de pierre une femelle vêtue de peaux de bêtes. Par quel moyen le mari jaloux avait-il découvert la retraite où la Reine Anne et Jacques abritaient leur si récente intrigue? Ni Camille ni moi, ni Jacques lui-même ne l'avons jamais su. Une lettre anonyme l'avait-elle averti, mais écrite par qui? Molan traînait derrière ses talons une meute d'envieux, Mme de Bonnivet une meute d'envieuses, sans compter les soupirants plus ou moins éconduits. Peut-être Bonnivet avait-il eu simplement recours au vulgaire, mais sûr moyen du filage? Il est certain que le concierge avait été questionné, et si cet homme ne s'était trouvé, par fortune, un brave garçon à jamais acquis par les billets de théâtre que lui donnait son locataire et par le prestige du nom de l'écrivain, l'appartement qui avait vu la pauvre Duchesse bleue si heureuse tour à tour et si malheureuse, aurait sans doute servi de théâtre à quelque sanglant dénouement. Et c'était bien la volonté d'une tragique vengeance que Camille Favier distingua sur le front et dans les narines, autour de la bouche et dans le battement des paupières de ce visage d'homme aperçu à cette portière de voiture, sous la clarté mêlée d'un bec de gaz et du crépuscule, guettant une preuve de son déshonneur et décidé à une justice immédiate. Il est bien probable qu'il avait remarqué, lui aussi, la jeune femme. Il ne l'avait point reconnue, l'événement l'a prouvé depuis. C'était trop naturel. Il ne l'avait rencontrée qu'une fois hors de la scène, et les hauts collets d'une mante sans taille, un boa de fourrure, enroulé plusieurs fois autour du menton, un chapeau avancé et un double voile, faisaient de Camille une forme indécise, une vague et indistincte silhouette. Bonnivet vit sans doute en elle, si l'idée fixe lui permit un raisonnement quelconque, une errante de la prostitution, en train d'exercer son misérable métier de raccrocheuse dès la tombée du jour. Puis il n'y prit même plus garde. Quant à elle,—ah! la charmante et noble enfant, et quelle pitié que cette créature, si naturellement magnanime, ait été soumise à de trop dépravantes, à de trop dégradantes épreuves!—elle n'eut pas plus tôt reconnu Bonnivet que ses justes rancunes, ses jalousies furieuses, la légitime douleur de sa passion meurtrie, son appétit de représailles se fondirent en un seul sentiment. Ce fut un bouleversement de tout son être aussi foudroyant qu'un miracle. Elle n'aperçut plus devant elle que le danger de Jacques et que la nécessité de lui crier: «gare,» non pas demain, non pas ce soir même, mais tout de suite. Quelques instants auparavant, elle s'était dit que les deux amants avaient remis leur rendez-vous à un autre jour. Une idée lui traversa soudain le cœur comme un fer rouge: s'ils avaient seulement reculé ce rendez-vous jusqu'à cinq heures? S'ils se préparaient à cet instant même à s'acheminer vers cette rue, à l'entrée de laquelle attendait le sinistre guetteur?... La pensée que cela était, après tout, possible, se transforma aussitôt, comme il arrive quand l'imagination travaille autour du danger d'un être aimé, en une certitude. Elle vit distinctement Jacques marcher vers le guet-apens. La résolution de l'arrêter tout de suite, sans tarder une seconde, s'empara d'elle en même temps avec une force irrésistible. Que faire, sinon courir là où elle avait une dernière chance de rencontrer Molan, c'est-à-dire place Delaborde? Elle eut peur de se faire remarquer par Bonnivet en prenant un des fiacres de la station et qu'il n'entendît sa voix, et elle se mit à descendre la rue de Clichy comme une insensée, hélant les voitures après les voitures, pour subir, à l'instant où elle s'assit dans un coupé enfin vide, l'horrible assaut d'une nouvelle hypothèse qui faillit la faire s'évanouir. Si les deux amants avaient, au contraire, devancé l'heure du rendez-vous, et s'ils étaient là, dans l'appartement, tandis que le mari, prévenu par un espion gratuit ou payé, les attendait? Camille les vit de nouveau en imagination, avec une même incapacité de distinguer le possible du réel. Oui, elle les vit, se croyant bien sûrs de leur isolement, profitant de l'heure du crépuscule pour sortir au bras l'un de l'autre, Bonnivet s'élançant et puis... Et puis c'était l'inconnu qui allait du meurtre immédiat au plus redoutable duel!... La malheureuse créature eut à peine conçu cette seconde hypothèse qu'un frisson la secoua jusque dans les moelles. Son fiacre était déjà parti, au grand trot du cheval, dans la direction de la place Delaborde. Que faire encore? Dans ces instants où l'on peut dire que non pas même les secondes, mais les moitiés, les quarts de seconde sont comptés, les sentiments vrais possèdent-ils une mystérieuse double vue qui les détermine avec plus de sûreté que ne ferait le plus calculé des raisonnements? Ou bien y a-t-il, comme Jacques Molan aimait à le dire, des destinées protégées par une singulière faveur des circonstances et qui ont le hasard constamment heureux comme d'autres l'ont constamment malheureux? Toujours est-il que Camille, entre les deux possibilités, choisit d'instinct celle qui se trouvait être la vraie. Au moment précis où le cocher tournait la place de la Trinité, elle lui donna l'ordre de remonter du côté de la rue Nouvelle. Pourquoi? Elle n'aurait su le dire. Elle l'arrêta et le paya avant l'entrée de cette rue. Son plan était fait, qu'elle exécuta avec cette décision courageuse qu'inspire le danger aux âmes comme la sienne, sans résistance parfois pour elles-mêmes, et, pour leur amour, toute flamme et toute énergie. Elle avait pu voir que le coupé de Bonnivet attendait toujours à la même place. Son parapluie déployé contre cette bruine propice, et sûre de cacher ainsi son visage, elle traversa la rue bravement devant cette voiture et elle arriva jusqu'à la maison dont le mari jaloux surveillait la sortie. Plus de doute... Un filet de lumière apparu par l'interstice des volets, dénonçait la présence de quelqu'un dans l'appartement!... Elle entra sans hésiter et elle marcha droit au concierge, qui la salua d'un air embarrassé.

—«Mais je vous affirme, mademoiselle, que M. Molan n'est pas venu,» répondit cet homme, quand elle eut insisté, malgré une première dénégation.

—«Et moi, je vous dis qu'il est là avec une dame,» répliqua-t-elle. «J'ai vu la lumière aux fenêtres.» Puis, brusquement, avec l'inexprimable autorité qui émane d'un être réellement au désespoir: «Malheureux, vous vous repentirez toute votre vie de ne pas m'avoir répondu franchement à cette minute... Tenez,» ajouta-t-elle en prenant le bras de l'individu stupéfait et le tirant du côté de la porte cochère. «Regardez dans la voiture qui est à l'angle de la rue, à droite, en prenant bien garde de ne pas vous montrer. Vous y verrez quelqu'un qui surveille la maison. Eh bien! c'est le mari de cette femme... Si vous voulez qu'il y ait du sang ici, tout à l'heure, quand elle sortira, vous n'avez qu'à m'empêcher de monter pour les prévenir... Mon Dieu! Mon Dieu! de quoi avez-vous peur? Fouillez-moi si vous voulez être sûr que je n'ai pas d'armes, que ce n'est pas moi qui leur ferai du mal... Mon amant me trompe, c'est vrai, je le sais... Mais je l'aime, entendez-vous, je l'aime et je veux le sauver... Est-ce que vous ne sentez pas que je ne vous mens point?...»

Dominé, quoi qu'il en eût, par ce magnétisme d'une volonté tendue tout entière à son but, l'homme s'était laissé entraîner jusqu'au seuil. Le hasard,—cet aveugle et inexplicable hasard, qui nous perd et qui nous sauve dans de pareilles crises, par la plus insignifiante parfois des coïncidences, ce hasard toujours propice à cet audacieux Jacques,—voulut qu'au moment où le concierge regardait du côté de la voiture, Bonnivet se penchât, lui aussi, un peu en dehors. L'homme se retourna vers Camille Favier, le visage décomposé:

—«Je le reconnais», s'écria-t-il, «c'est le Monsieur qui est venu me questionner, avant-hier, sur les locataires de la maison. Il m'a demandé si je n'avais pas chez moi M. Molan, et comme je lui ai répondu non, d'après la consigne, il a tiré de sa poche un portefeuille. Pour qui prenez-vous le père Cohendy? lui ai-je dit... Ah! ça n'a pas traîné. Je l'aurais assommé, cette canaille-là!... Attendez un peu que j'aille lui demander s'il a sa carte de la préfecture pour faire le mouchard devant les maisons...»

—«Et il vous répondra que la rue est à tout le monde, ce qui est vrai,» dit Camille, à qui le danger avait rendu son sang-froid. Fut-ce l'inspiration de l'amour? Fut-ce un vague ressouvenir des procédés habituels au théâtre? Car le métier agit en nous à la manière d'un mécanisme automatique sous le branle de la nécessité. Un projet se dessinait devant son imagination auquel l'honnête Cohendy allait se prêter, elle le comprit, et que Molan avait su s'en faire aimer, «Vous n'empêcherez pas cet homme de rester là,» continua-t-elle; «seulement, vous lui aurez bien fait comprendre qu'on veut lui cacher quelque chose. Et ce quelque chose, il ne s'y trompera pas... S'il est venu ici, c'est qu'il a été averti d'une façon positive, allez. Vous voulez m'aider à sauver votre maître, n'est-ce pas? Hé! bien, obéissez-moi.»

—«Mademoiselle a raison,» répondit le concierge, en changeant de ton, «si on va lui faire une scène, il devinera tout, et si c'est sa femme, c'est son droit tout de même de ne pas vouloir être ce qu'il est!... J'ai bien pensé à prévenir M. Jacques quand il est monté que l'on était venu questionner, en bas... Mais il est arrivé avec cette dame...»