Cette fois, elle ne répondit pas d'abord. Jules, qui tenait ses deux mains dans la sienne, à présent, put sentir qu'elle se raidissait dans une tension suprême, celle d'un être qui ramasse sa volonté pour se donner ou se refuser à jamais. Ses yeux le regardèrent, de nouveau, de leur étrange et profond regard. Enfin, d'un accent redevenu clair et ferme, elle dit presque solennellement:
—«Je n'aurai pas d'autre mari que vous.»
—«Ce n'est pas assez,» fit Jules, «dites: Je vous aurai pour mari.»
—«Cela dépendra de vous,» répondit-elle. «Je serai votre femme, si vous le voulez...»
—«Si je le veux?... Vous doutez donc de moi?...» interrogea-t-il.
—«Non,» dit-elle, en secouant la tête. «Non, je ne doute pas de vous... Mais ce serait trop de bonheur, et j'ai peur du sort...»
—«Il n'y a pas de sort,» dit-il, «quand on veut. Je veux que vous soyez ma femme et vous la serez... Dites que vous me considérez, dès maintenant, comme votre fiancé?»
—«Oui,» répondit-elle. Un sourire d'une infinie reconnaissance éclaira sa bouche fraîche, ses yeux bleus, ses joues minces, auxquelles la couleur était revenue. Dans la jeune fille si réservée, si calme d'aspect, la femme apparut. Jules voulut l'attirer sur sa poitrine. Elle se dégagea. La supplication passionnée de ses prunelles lui disait: «Je suis à vous tout entière, mon unique amour; mais respectez-moi, respectez celle qui portera votre nom...»
Ce langage muet fut écouté de l'amoureux, qui demanda:
—«Ne me donnerez-vous pas un baiser, celui de nos fiançailles?»