Elle lui disait vous—et elle était sa grand'mère!—Il l'appelait madame!… Tout en cheminant avec mon nouveau camarade du côté du jardin, qu'il m'avait aussitôt et fort gracieusement offert de me montrer, je me souviens que je m'abîmai en réflexions sur cette circonstance, pour moi inexplicable. J'étais si gâté par mes deux bonnes mamans, si habitué à rencontrer chez elles la divine indulgence d'une affection sans une gronderie! Ma curiosité fut si fort éveillée que je n'y tins pas, et après une demi-heure durant laquelle nous avions tour à tour frayé connaissance avec les rosiers du rond-point et les lapins de la basse-cour, avec l'allée des arbres à fruits et les marches disposées près du canal pour y laver le linge, avec les aboiements du chien de garde enchaîné et le roucoulement des pigeons dans le colombier, je demandai brusquement à Marcel:

—«Mme Amélie était bien fâchée tout à l'heure?»

—«Elle est toujours comme cela,» répondit-il.

—«Elle vous dit toujours vous?» lui demandai-je.

—«Toujours,» reprit-il.

—«Et vous, Madame?…»

—«Oui,» fit-il.

—«C'est drôle…,» insistai-je.

Tout d'un coup, et tandis que je prononçais cette enfantine remarque, je vis avec stupeur le front de Marcel se plisser, ses lèvres trembler, un flot de sang empourprer ses joues. Deux grosses larmes jaillirent de ses yeux:

—«Ah!» me dit-il avec un sanglot, «pourquoi êtes-vous méchant, vous aussi? Pourquoi me parlez-vous de cela?… Je ne veux plus que vous restiez avec moi. Allez-vous-en! Allez-vous-en!…»