—«Je vous en donne ma parole,» lui dis-je.

—«Ah! que vous êtes bon,» fit-elle, et, par un geste d'une grâce infinie, où reparaissait sans doute ce sang noir qui coulait dans ses veines, elle me prit la main, et, sans que j'eusse pu me dérober à cette caresse qu'heureusement personne ne vit, elle me la baisa, mais déjà elle s'était échappée de la terrasse pour rentrer dans la salle du restaurant, où Machault, plus excité que d'habitude par la boisson, se tenait debout, son habit ôté, sa puissante musculature visible sous la toile de sa chemise, et il criait à Christine Anroux en lui montrant une chaise:

—«Allons, assieds-toi là et n'aie pas peur... Cinquante louis, que je la porte deux fois de suite à bras tendu. Qui tient le pari?...»

—«Jamais, jamais,», criait Christine en mettant la table entre elle et l'athlète; «il a bu deux bouteilles de champagne à lui tout seul et je ne sais combien de verres de fine... Je tiens à ma figure, moi.. C'est mon gagne-pain...»

—«Brandy?... Whisky?...» me demanda l'anglomane Toré qui me tendit les deux flacons. Il était resté seul à table, tandis que Saveuse et Figon assistaient debout et en riant à la discussion entre Christine et Machault.

—«Moi, je n'ai pas peur,» s'écria Gladys, «laisse-moi la place, Christine.»

Elle s'assit sur la chaise auprès de l'hercule qui, s'arc-boutant sur ses jambes, très rouge, empoigna un des barreaux.

—«Vous y êtes?...» demanda-t-il.

—«All right...,» fit Gladys.

—«Une, deux,» dit le géant, «trois,» et il tenait la chaise droite devant lui, avec la jeune femme dessus qui, toute gaie, nous envoyait des baisers comme une écuyère de cirque, et, quand il l'eut remise à terre parmi les bravos, elle me dit, à mi-voix, avec un sourire triste: