Tante n'eut pas son beau sourire habituel; une sombre pensée sembla lui traverser l'esprit, sans doute un souvenir cruel!... Elle prit la poupée, se mit à l'examiner... puis, levant d'abord les yeux au ciel, elle l'attira vers elle en l'appelant: «Georges, mon bien-aimé Georges!» et elle l'embrassa longuement... longuement... Tout à coup, fronçant les sourcils, elle la rejeta violemment à terre et, se renversant dans son fauteuil, elle se mit à pleurer en criant: «Parbleu! parbleu!...»

Je me précipitai pour voir si ma pauvre poupée ne s'était pas cassée dans sa chute terrible... Pendant ce temps, on était accouru au bruit des sanglots de ma tante, et on m'emmena vivement sans même me laisser le temps de lui dire au revoir!

Cette scène m'avait vraiment impressionnée. «Qu'a donc pensé ma tante, me disais-je, ma poupée lui plaisait, et elle s'est fâchée presque aussitôt? J'irai et je lui demanderai.» J'avais assez de malice pour flairer un mystère, et je ne fis part de mes observations à personne.

Quand je retournai près de ma vieille tante, je ne pris pas ma poupée, elle n'eut pas l'air de s'en apercevoir, et nous jouions depuis quelques minutes, lorsque je lui dis:

—Tante, pourquoi vous êtes-vous fâchée l'autre jour?

—Je ne me suis pas fâchée, mon enfant, répondit-elle.

—Mais si, tante, vous avez embrassé ma belle poupée, et vous l'avez jetée, après, si rudement sur le plancher, que j'ai cru la ramasser en morceaux!

—Tu me la rapporteras encore, n'est-ce pas?

—Alors il ne faudra plus la jeter par terre?

—Oh! non, je l'aime trop!