IX

Sincèrement, je me demande quelle est la conduite que j'aurais dû tenir, et je ne puis me répondre clairement. Notre vieille amitié plaidait pour la «pauvre petite»... mais cet acharnement dans la mauvaise voie!

«Pauvre petite», elle n'aurait pas fait volontiers de la peine à son pire ennemi; elle était charitable et douce, et savait toujours excuser les autres! Et, se révoltant contre toute légèreté... tandis que sa conduite à elle était des plus coupables.

C'est qu'elle avait fini par se persuader à elle-même, que le sort seul était responsable. Si son mari eût été plus habile à la prendre, c'est lui qu'elle aurait aimé! Si dom Pedro ne s'était pas acharné à la persécuter de son amour, elle ne l'aurait point écouté; la preuve, c'est qu'elle l'avait d'abord repoussé. Lui, son unique tendresse, elle ne l'avait jamais trahi; elle ne le trahirait jamais, elle en était sûre. Ce n'était donc pas sa faute! disait-elle. Est-on maître de ses sentiments?

Mais lorsque le déshonneur absolu, par sa maternité illégitime, se dressa devant elle, ce fut une révolte complète contre l'humanité tout entière, et surtout contre Dieu. Mais là, il n'y avait plus de lutte possible; la nature l'emportait sur sa volonté et elle en arrivait à justifier le suicide. Elle voulait légitimer la mort avant de l'appeler à elle, comme elle s'était imaginé avoir légitimé sa vie! Pauvre petite, avec quelle inconscience, elle a galvaudé son existence! Elle lui était offerte si simple et si facile! Elle ne lui a pas suffi, et elle a piétiné sur son bonheur pour une ombre de satisfaction; aussi n'a-t-elle éprouvé qu'un écœurement d'elle-même, et sa dernière heure a sonné dans un élan de désespoir!


Il y avait longtemps relativement que nous ne nous étions vues; instinctivement je m'en éloignais et, quoique je ne croie pas aux pressentiments, un soir que j'étais plus inquiète sur son compte, je me rendis chez elle et la trouvai par hasard seule. Son mari était au théâtre, sa mère absente, je vis qu'elle avait pleuré, je ne lui en demandai pas la cause, pensant trop bien la deviner; elle me prit la main silencieusement, ce fut son unique bonjour.

—Si je te faisais demander au milieu de la nuit, viendrais-tu? me dit-elle.

—Pourquoi pas? répondis-je étonnée de cette question.

—Merci, Jeanne, tu es une vraie amie, toi.