Les poésies publiées par Legouvé, de 1798 à 1800, nous offrent des impressions de la même nature. Dans la pièce intitulée la «Mélancolie», on sent que le poète s'est enivré de Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre et de Gœthe. Sa mélancolie n'a, d'ailleurs, rien d'amer; elle est un plaisir plutôt qu'une peine; elle est même, d'après lui, une volupté. Tout l'alimente: «la fable et le roman, Didon, Tancrède, Héloïse, Werther, Paul et sa Virginie.» Elle aime l'ombre des bois, les bords d'un ruisseau, le coucher du soleil, les aspects de l'automne; elle chérit les ruines, et plus particulièrement les cimetières.

Un cimetière aux champs, quel tableau, quel trésor!

Du reste, elle-même prête son charme à toute chose; «elle embellit la scène de l'univers.» Enfin, si l'on veut savoir sous quelle figure elle se présente aux yeux du poète, voici le portrait qu'il en fait:

«..... Une vierge assise sous l'ombrage,

Qui, rêveuse et livrée à de vagues regrets,

Nourrit au bruit des flots un chagrin plein d'attraits,

Laisse voir, en ouvrant ses paupières timides,

Des pleurs voluptueux dans ses regards humides

Et se plaît aux soupirs qui soulèvent son sein,

Un cyprès devant elle, et Werther à la main.»