De toutes ses douleurs, voilà la plus profonde.
Lui-même réfugié en Suisse, payait plus tard à ce pays un tribut de reconnaissance et s'écriait:
Eh! comment oublier
Tes cascades, tes rocs, ton sol hospitalier?
O bords infortunés! En vain nos oppresseurs
Nous ont de votre asile envié les douceurs,
Et menaçant de loin vos frêles Républiques,
Ont lancé contre nous leurs arrêts tyranniques!
Chacun de vos rochers cachait un malheureux!
Les mêmes sentiments, inspirés par les mêmes souvenirs se montrent dans un autre poëme publié à la même époque par M. Michaud, le Printemps d'un Proscrit. Ces témoignages qu'il serait facile de multiplier établissent que le régime de la Terreur a été, pour un grand nombre de Français, le régime de la solitude obligatoire. Cette solitude plus ou moins complète avait d'ordinaire pour compagne l'inaction, l'inquiétude, les agitations de l'âme. Ce n'est pas tout: les malheureux qui avaient dû fuir leur patrie se trouvaient en rapports forcés avec des peuples chez lesquels la mélancolie avait déjà plus ou moins fortement établi son empire. Dans cette vie nouvelle, ils pénétraient mieux leurs habitudes et devaient contracter eux-mêmes à ce contact quelque pli qui ne s'effaçait plus. Enfin pour toutes ces victimes de la Révolution il y avait une cause permanente de tristesse dans le spectacle ou dans la pensée des maux qui désolaient le pays de leur naissance ou de leur adoption.