Seule, sans une autre âme où son âme s'épanche.

Mme Louise Colet souhaiterait de ces malheurs puissants qui éprouvent ici-bas le poète pour le régénérer, mais elle est excédée des souffrances vulgaires que le monde ne prend point en pitié; elle ne se résigne pas à voir pâlir son printemps comme pâlit l'automne; enfin sa grande douleur par-dessus toutes les autres, c'est de vivre l'âme ardente de foi, dans un siècle incrédule.» En 1840, sous le titre de Penserosa, elle donne de nouvelles poésies sur la mort de Gros, sur celle de Léopold Robert, sur l'Hamlet de Shakespeare; sur le Faust de Gœthe, sur une jeune femme triste au bal, selon la mode du temps. Et pourquoi donnait-elle à ces poésies le titre de Penserosa? C'est qu'un jour, la voyant elle-même dans une attitude méditative, qui rappelait le marbre de Michel-Ange, «ce symbole sacré de la mélancolie» quelqu'un lui dit: «Siete penserosa;

De ce marbre inspiré l'image se reflète

Sur votre jeune front de femme et de poète,

Vous avez son air triste et son regard penseur,

Et Michel-Ange en vous eut reconnu sa sœur.»

Ce qu'on reconnaît plus sûrement ici chez l'auteur, c'est la prétention et la pose. Combien j'aime mieux l'attitude plus effacée d'une autre femme, Mlle Louise Bertin qui, dans ses Glanes (1842), a décrit avec talent nos éternelles aspirations vers un idéal qui nous échappe sans cesse, et le sentiment de la fragilité et de l'imperfection des bonheurs humains. On remarque surtout une pièce adressée à la Nuit où l'auteur exprime d'une manière bien distinguée la lassitude secrète de son cœur et de son esprit.

On a vu plus haut que deux pièces de vers de M. Victor Hugo sur les tourments du doute étaient adressées à Mlle Bertin. Ce n'était pas sans raison. Mlle Bertin était agitée des mêmes préoccupations. Le grand problème de notre destinée inquiétait son intelligence, et si elle revenait d'ordinaire aux idées religieuses, ce n'était pas sans détour et sans angoisses:

Il est aussi pour moi des heures où le doute

Vient abaisser son voile à ma paupière en pleurs.