On le voit, cette femme si heureusement douée, n'était pas exempte d'une mélancolie, respectable parce qu'elle était pure et sincère.

Ici j'aperçois deux poètes que je puis placer sur le même rang. Ils ont écrit dans le même temps, dans des circonstances analogues; tous deux sous des pseudonymes, selon la mode romantique; avec un certain mérite tous deux; et tous deux néanmoins peu connus, bien qu'un savant distingué ait pris récemment le soin de nous restituer la physionomie complète de l'un d'eux, Théophile Dondey.

Celui-ci avait choisi le pseudonyme, ou si l'on veut l'anagramme de Philotée O'neddy auquel il substituait quelquefois le nom de Vidame de Tyannes, autre anagramme tiré d'un nom que sa famille ajoutait à celui de Dondey. Le Vidame ou Philotée n'était qu'un modeste fonctionnaire attaché à un ingrat travail de bureau, et échappant par la rêverie aux ennuis de son labeur quotidien. En 1833, il publie un volume de poésies avec ce titre: «Feu et flammes.» On y remarque un tableau curieux des mœurs de la jeunesse du temps. C'était le bonheur de cette jeunesse, de ceux qu'on appelait alors la jeune France, de se réunir pour se livrer à des libations prolongées autour d'un punch flamboyant. Les discours prenaient une allure plus ou moins capricieuse, et on arrivait à une sorte de surexcitation désordonnée; mais, pour obéir au goût prétentieux de l'époque, il fallait donner à ces parties de jeunesse un caractère solennel; on les appelait des orgies, on y jouait la comédie de l'ironie et du désenchantement, et on se donnait des airs sataniques. Le Pandæmonium de Dondey nous fait assister à une de ces scènes, dans l'atelier de Jehan du Seigneur, encore un nom artistement modifié. Le punch traditionnel

aux prismatiques flammes

Semble un lac sulfureux qui fait houler les lames...

Après quelque silence, un visage mauresque

Leva tragiquement sa pâleur pittoresque

Et faisant osciller son regard de maudit

Sur le conventicule, avec douleur il dit...

L'orateur, qui n'est autre que Petrus Borel, que ses amis appelaient le Lycanthrope, s'abandonne alors à des divagations auxquelles d'autres amis répondent.