Vrai songe d'une âme de feu;
L'air manquait; j'ai fermé mes ailes;
Adieu!
Béranger a consacré à ce double suicide quelques stances trop indulgentes. Il n'a pas vu qu'il n'était que le fait de la vanité blessée et de l'ambition impuissante, et qu'il n'avait pas droit aux honneurs d'une oraison funèbre.
Que si maintenant, rassemblant les traits épars dans les pages qui précèdent, nous cherchons à reconstituer la physionomie générale de la poésie que nous avons analysée, que trouvons-nous? Peu d'originalité; peu de sincérité; des douleurs presque toujours sans cause précise; des fantaisies lugubres plutôt qu'un sentiment profond de mélancolie; enfin des aspirations vers la mort qui, grâce à Dieu, ont rarement passé dans le domaine des faits. Nous allons nous trouver en face d'une poésie plus haute et plus digne d'attention, en abordant Alfred de Musset, qui, d'ailleurs, n'est pas seulement poète, et qui nous touche aussi comme romancier.
III
Alfred de Musset.
Si, depuis le commencement de ce siècle, un homme, en entrant dans la vie, sembla devoir être affranchi du mal commun, ce fut, sans doute, Alfred de Musset. Tout lui souriait; tout l'invitait à être heureux. Comme le Don Juan dont il nous a fait le portrait, «le voilà jeune et beau, sous le ciel de la France», le cœur plein d'espoir, aimant, aimé de tous; et par-dessus tout cela la sainte poésie
Retourne en souriant la coupe d'ambroisie
Sur ces cheveux plus doux et plus blonds que le miel.