Par là s'explique la faveur toute particulière dont il a joui parmi ses contemporains. Chaque époque se personnifie dans l'homme qui représente le plus complément ses qualités ou ses défauts. Dans l'ordre d'idées où se renferme cette étude, la République et l'Empire s'incarnent en Chateaubriand; la Restauration s'identifie avec Lamartine; Musset est le type suprême du gouvernement de Juillet. Il a réuni à leur plus haut degré les symptômes qui ont caractérisé le mal du siècle pendant cette période de notre histoire; à son tour, cette époque ne lui a pas marchandé sa reconnaissance et s'est plu à se décerner à elle-même, en les posant sur la tête de son poète bien-aimé, les plus flatteuses couronnes.

Je ne l'imiterai pas sans quelque réserve; certes je ne pousserai pas la sévérité, jusqu'où Musset l'a poussée lui-même, quand il a dit:

Il n'existe qu'un être

Que je puisse en entier et constamment connaître,

Sur qui mon jugement puisse au moins faire foi,

Un seul—je le méprise,—et cet être, c'est moi.

Mais comment s'empêcher de regretter qu'il ait souvent mal employé les dons éminents qui lui avaient été si largement départis et que des aspirations insuffisantes vers le bon et le vrai soient le seul monument respectable qui nous reste de son admirable talent.

IV
Maurice et Eugénie de Guérin.

Sur les confins de la poésie et de la prose, on rencontre un écrivain dont le nom a fait d'abord peu de bruit, et n'a conquis que dans ces derniers temps une réelle célébrité, mais qui doit trouver sa place ici. Poète et prosateur, quelques-unes même de ses œuvres en prose ont reçu la qualification de poëmes, et peut-être, en effet, pour être des vers excellents, ne leur manque-t-il que la rime. L'un de ces poëmes doit attirer notre attention, ainsi que quelques productions plus intimes du même auteur. Je les comparerai ensuite à certains écrits d'une autre plume qui ne peuvent en être séparés. Je veux parler de Maurice de Guérin, et de sa sœur Eugénie.