PENSÉE (geste vers lui).—Si vous mourez,
Si vous mourez, ce ne sera pas pour moi, mais pour la France que vous me préférez.
ORIAN.—Si je ne meurs, je ne puis arriver jusqu'à vous.
PENSÉE.—Et qui donc alors me fera entendre ce mot que mon cœur attend? Pour me faire croire que vous m'aimez, Orian, c'est difficile,
A moins que vous ne me le disiez.
Mais dites seulement: Je vous aime, et cela me suffit. Dites seulement: Je vous aime, et je le croirai aussitôt.
ORIAN.—A peine vous l'aurais-je dit que cela cesserait d'être vrai.
PENSÉE.—Je ne comprends pas. Comment est-ce que vous me demandez de vous comprendre? Comment est-ce qu'il peut être bon pour moi que vous soyez mort? Bon, quand on aime quelqu'un, qu'il cesse d'être là.
Ceux qui voient, est-ce qu'ils se lassent du soleil? Et moi qui n'ai pas de soleil, est-ce que je me passerai de cette voix comme la révélation de tout, qui m'a dit une fois: Ma bien-aimée.
Quand je vivrais cent ans, et quand chacune des secondes de ces cent vies serait faite de cent années,