En cela je ne vieillirai jamais que je suis sûre que j'aurai quelque chose à vous dire,

Quelque nom pour vous appeler, quelque invention nouvelle de mon cœur, quelque récit de moi-même qui ne pourra jamais tarir.

Est-ce ma faute si c'est vous qui êtes la force? si c'est vous qui êtes chargé de savoir pour moi? si tout ce dont j'ai besoin au monde n'est pas en moi, mais hors de moi-même, ceci? Si c'est vous auquel m'attache une chose plus forte que le droit, la nécessité sans aucune espèce de droit?

Ah, quand je vivrais cent ans, vous serez toujours le même pour moi, et il me semble que j'aurai toujours quelque chose à vous dire, quelque mot bien tendre, quelque partie de votre cœur dont vous auriez pensé qu'elle m'était close,

Cette pauvre âme aveugle entre vos bras qui ne cesse de vous appeler par votre nom et de vous dire qu'elle vous aime!

ORIAN.—Alors, est-ce que vous me conseillez de déserter? Est-ce que vous m'enfermerez à clef dans votre maison et je n'aurai pas d'autre affaire au monde que de vous caresser? Est-ce que je n'aurai pas d'autre but que vous?

Qu'est-ce que vous aimez en moi, sinon ce but pour lequel j'ai été fait? sinon ce terme que j'ai été fait pour atteindre et qui m'explique et sans lequel je ne suis qu'une réunion de membres au hasard?

Quand je l'aurai atteint, et s'il me faut mourir pour cela, c'est alors que je posséderai mon âme, et que je pourrai vous la donner. C'est pour vous aussi qu'il est nécessaire que j'existe.

Jusque là, c'est le devoir qui passe d'abord, quel qu'il soit, urgent, aussitôt, dès qu'il se présente!

Quand je vivrai enfin, quand je ne serai plus cet Orian aveugle et à demi dormant, mais quelqu'un dans un rapport éternel enfin avec une cause raisonnable...