C’est dans les papiers de ce dernier que nous avons découvert une liasse considérable de lettres qui lui furent adressées par la duchesse d’Aiguillon, accompagnées de quelques billets de son mari.

Le chevalier François-Auguste de Balleroy était petit-fils de cette marquise de La Cour Balleroy, née Caumartin, qui, pendant la Régence, recevait, en son château, près de Bayeux, des lettres parisiennes, si intéressantes et si piquantes, publiées en 1883 par E. de Barthélemy.

François-Auguste avait, comme son frère aîné, Charles-Auguste, marquis de Balleroy, coopéré à la campagne menée victorieusement en Bretagne par le duc d’Aiguillon contre les Anglais. Les deux frères furent guillotinés le 6 germinal an II. Le marquis séjournait à Balleroy. Le chevalier, quand il fut arrêté, demeurait alors rue Saint-Dominique[9] à Paris. Les papiers, saisis à son domicile, furent versés, après sa condamnation, aux Archives Nationales.

On n’y trouve, pas plus du reste qu’au château de Balleroy, aucune lettre, ni aucun document revêtu de sa signature.

Par contre, un carton des Archives[10] est, en partie, occupé par toute une série de lettres à l’adresse du chevalier, lettres émanées de divers correspondants.

Celles de la duchesse d’Aiguillon, les seules qui nous intéressent, ne font pas seulement valoir un beau caractère; elles apportent encore une contribution, qui n’est pas à dédaigner, à l’histoire des dernières années du règne de Louis XV et des premières du règne de Louis XVI.

Cette correspondance commence à la fin de 1767 et se termine en 1785. Elle accompagne en quelque sorte le duc d’Aiguillon dans une des périodes les plus agitées et les plus brillantes de sa vie politique, depuis l’heure où il quitte la Bretagne, chargé de toutes les malédictions de la province, jusqu’au jour où sa victoire sur ses adversaires, singulièrement appuyée par Mᵐᵉ Du Barry, reçoit la plus éclatante des sanctions, dans la nomination de M. d’Aiguillon comme ministre des affaires étrangères. Chemin faisant, la duchesse note les nouvelles de Cour les plus importantes: la mort de la Reine, le mariage du comte de Provence,—sans parler des intrigues et des cabales qui amèneront, après la mort du maître, la chute du favori. L’exil dans ce domaine d’Aiguillon n’empêche pas la duchesse de donner, par intermittences, quelques lignes à la politique: cadre qui s’élargira, quand il sera permis au courtisan disgrâcié de rentrer à Paris. Et brusquement, la correspondance s’arrête, trois années avant la mort de M. d’Aiguillon.

Notre étude serait incomplète, si nous la bornions à cet intervalle de dix-huit années que remplit la correspondance. Il importe de rétablir intégralement la biographie de la duchesse, d’après les documents que nous avons pu recueillir, et qui, nous ne saurions trop le répéter, sont en fort petit nombre. Rapprochés de ceux que l’histoire a conservés sur le duc d’Aiguillon, leur intérêt s’augmente de cette comparaison et n’en accuse que d’un plus saisissant relief la noble figure de la digne fille des Plélo.

Enfin, une autre série de lettres et de pièces, dont nous devons la communication à la bienveillance de M. le marquis de Chabrillan, nous a permis de continuer la biographie de la duchesse, jusqu’à la mort de la veuve du premier ministre.

II