Or, au milieu des rêves d’ambition qu’il poursuivait, sous les apparences d’un renoncement inspiré par son orgueil, cet égoïste avait fini par constater que sa malheureuse femme se consumait de tristesse et de douleur. «L’état moral» de la duchesse, écrivait-il, reste toujours le même; et il redoutait que «cet absorbement continuel dans ses tristes ressouvenirs ne détruisît à la fin sa santé; et malheureusement rien ne peut la distraire quoi que je fasse». Il ne voyait donc pas que c’était au contraire sa femme qui s’était toujours sacrifiée et qui se sacrifiait encore pour le soigner et pour «le distraire[489]».

XXI

Programme de fêtes pour 1778.—Quelques invités et habitués.—Balleroy, toujours l’empressé commissionnaire.—Ferme et château.—Nouvelles du jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte de Broglie, «le vilain petit homme»; les châtelains et la guerre des Insurgents.—Une lettre de d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.—Autre année théâtrale; fêtes et bals.—D’Aiguillon donne également ses commissions à Balleroy.—Il fait le juge de paix au château.—Projets de mariage pour le comte d’Agénois.—Marie-Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa résolution de ne plus voir d’Aiguillon à la cour.

Le «Grand Châtelain», sincère ou non, se tient parole: il a dit un solennel adieu à la Cour et à la Ville, aux affaires et à la politique: il va s’enfermer un certain nombre d’années dans son domaine d’Aiguillon.

Sa femme, qui a compris le désarroi de cet homme, réduit à une «société bornée» après avoir vu ses salons regorger d’adulateurs, a su, par un sursaut d’énergie, sortir de son «absorbement» pour préparer, avec son entrain des jours heureux, des occupations et des plaisirs au maître, oisif et ennuyé, sevré aujourd’hui de ce qu’il appellera demain «les mouvements de la Cour».

Des invitations sont lancées, pour l’hiver de 1778, aux fidèles que n’effraie pas une villégiature en un si lointain pays. Et Balleroy, cet obligeant commissionnaire

Cliché Lauzun.

Plan de la Ville et du Château d’Aiguillon à la fin du XVIIIᵉ siècle. Mémoires de P. Verdolin, édités par M. René Bonnat 1907