Mais le bruit avait fait du chemin; et la Correspondance secrète le recueillait prestement pour le servir à ses abonnés en mars 1779.
Le projet de mariage entre le comte d’Agénois et la fille de la comtesse Jules de Polignac avait été amorcé, prétendait la petite gazette, par la comtesse de Maurepas dans l’intérêt de son neveu et de son mari.
—Mon fils est bien jeune, avait objecté le duc d’Aiguillon, mais la volonté de la reine sera la mienne.
En tout cas, remarquait le rédacteur de la feuille satirique, dont nous avons signalé déjà l’âpre hostilité contre le duc, le futur beau-père de Mˡˡᵉ de Polignac ne mettait pas beaucoup d’empressement à la prendre comme bru. C’était évidemment la tactique de ce soi-disant désabusé des ivresses du pouvoir, et c’était aussi un acte de soumission aux ordres de la reine, marque de déférence dont le bon apôtre pouvait espérer tirer quelque profit.
Les négociations se prolongèrent quelque temps encore, mais les ennemis de d’Aiguillon y coupèrent bientôt court en faisant agréer au roi le mariage de Mˡˡᵉ de Polignac avec le comte de Gramont, fils du duc[514].
La comtesse de Maurepas, qui s’était vraisemblablement entremise pour son petit-neveu, ne se découragea pas: travailler pour le jeune d’Agénois, c’était travailler pour le duc d’Aiguillon. Elle fit tenter, par des tiers, une démarche à Marly auprès de Marie-Antoinette: le comte était en âge de se marier; mais il faudrait, pour favoriser cet établissement, que son père eût la liberté de reparaître à la Cour.
La reine manda immédiatement au château M. de Maurepas et lui déclara, en toute franchise, qu’elle ne saurait se rendre aux désirs de la comtesse. Elle ne voulait revoir de sa vie M. d’Aiguillon. Mais, en somme, le duc avait-il besoin «d’aller à la Cour» pour marier son fils? Ce n’était pas qu’elle eût la moindre prévention contre ce jeune homme: au contraire, elle l’accueillerait avec bienveillance, quand il lui serait présenté, ne voulant pas l’envelopper dans la disgrâce paternelle. En même temps Marie-Antoinette couvrait de fleurs Maurepas. Le ministre, dûment chapitré par sa femme, insistait dans l’intérêt de son neveu; mais il fut bien vite éconduit[515].
Le jeune coquebin était donc réservé à d’autres hyménées; mais il se souvint plus tard de la conférence et de bien d’autres humiliations qui devaient passer par-dessus la tête de son père pour l’atteindre.
XXII
Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.—Le troisième mariage du maréchal de Richelieu: vengeance filiale.—L’année des évêques.—Oraison funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.—Débuts dans le monde d’Armand, comte d’Agénois.—Félicitations réciproques de d’Aiguillon et de Balleroy.—La chasse aux pintades et la «Dédicace» de la comédie.—Nouvelle saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au reversi.—Nouveaux projets de mariage pour le comte d’Agénois.—Commérages mondains.