«Je vous renvoye le mémoire que vous m’avez envoyé à signer, parce que je le trouve trop verbiageux et que je suis persuadée que les mémoires longs ne sont pas bons et par conséquent (quatre mots illisibles) ne servent à rien.
Le commencement est très bien, mais l’article qui veut prouver que je me serais opposée à l’émigration de mon fils se répète trop et ne signifie rien. Il y faut dire simplement que depuis un an je n’avais pas vu mon fils et qu’étant à cent lieues j’ignorais le parti qu’il prenait. J’ai barré l’endroit que je trouve trop long; renvoyez-le moi tout de suite pour le signer. Je crois, quoi que vous en disiez, que 5.000 francs ou même 4.500 valent mieux que rien, qu’une maison qui n’est pas habitée se dégrade et perd beaucoup de sa valeur. Ainsi donc, j’opine pour la laisser à ce prix, mais seulement pour trois ans: il ne faut pas faire comme la fille de la fable qui, à force de refus, n’a pu trouver à se marier. Quant au cheval, j’ai peine à me résoudre à en acheter un autre, que celui-là ne soit vendu. Au reste, vous verrez si cela est nécessaire.
J’ai vu hier M. de Quélen qui m’a dit l’arrangement que vous aviez fait ensemble.
On dit que, sous trois jours, le décret sur les réquisitions (?)[605]... Je le souhaite plus que je ne l’espère.
Rien encore de fini pour la basse-cour; mandez-moi tout de suite si vous apprenez quelque chose de M. Joly. Je vous assure de toute la considération que j’ai pour vous.»
Plélo d’Aiguillon.
De quelle maison voulait-elle parler? De l’hôtel d’Aiguillon, du château de Veretz, d’un immeuble ayant appartenu à Mᵐᵉ de Maurepas? Autant de problèmes.
Mais, là encore, nous retrouvons l’influence bienfaisante d’un Quélen. La fille, comme la mère, rencontrait appui, soutien, dévouement chez un parent, héritier des mêmes traditions familiales.
Depuis un an, Mᵐᵉ d’Aiguillon demandait donc à son labeur rustique le pain quotidien, quand elle reçut d’Ek, en Suède, les deux lettres suivantes[606]:
14 juillet 1795.