Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères de Suède.—Sa joie quand il apprend que Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des tigres sanguinaires».—Il s’inquiète de la situation financière de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à Paris en charrette.—Que sont devenues les amies de la duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?—Travaux rustiques: basse-cour et arbres fruitiers.—Apparition des Mémoires de Richelieu, d’Aiguillon, de Maurepas: opinion de Scheffer sur des compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon déclare apocryphes.—La bru et le petit-fils de la duchesse sont avec elle.—La dernière lettre de Scheffer.

Les lettres du baron de Scheffer méritent de fixer l’attention, non qu’elles soient des modèles de style, mais elles constituent une documentation précieuse, qui, tout en permettant d’achever le crayon de Mᵐᵉ d’Aiguillon, apporte des renseignements curieux sur la vie économique et littéraire du temps.

La seconde lettre de Scheffer, datée du 22 juillet 1795, nous montre un homme pleinement rassuré:

«Elle est libre, m’écriai-je! elle est sortie de prison, elle est retournée à sa chère habitation de Ruel... Vous a-t-on rendu vos biens en sortant des mains (!!!) de ces tigres sanguinaires?... Vous avez dû renvoyer une partie de vos domestiques; et votre homme d’affaires a bien mal géré les vôtres... Il faut qu’on vous ait dépouillée.

Mᵐᵉ de Laigle est-elle sortie du naufrage général?

J’ai adressé une lettre aux Filles anglaises (Mᵐᵉ d’Aiguillon avait écrit au baron de sa prison).

Nous avons un ministre accrédité du 2 juillet: c’est le citoyen Rival (?)»

La Révolution avait si brusquement séparé, surtout depuis trois ans, la France du reste de l’Europe, que les amis qui se revoyaient ou reprenaient leur correspondance après un temps d’arrêt aussi long et aussi imprévu, pressaient et précipitaient leurs questions, comme s’ils eussent craint une nouvelle et brutale interruption: ce qui explique le décousu de la lettre du baron de Scheffer, décousu qu’on retrouve dans beaucoup d’autres correspondances du temps. Le gentilhomme suédois reparlera souvent de Mᵐᵉ de Laigle, qui était une grande amie de la duchesse et pour laquelle il manifestait en toute occasion la plus vive sympathie. Cette dame avait une santé des plus précaires, et se soignait peu ou mal: «Elle se croit encore à dix ans, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy; son mari devrait l’avertir[609]

En général, les lettres de Scheffer sont plutôt des billets, où les phrases, courtes et heurtées, continuent à n’avoir aucune liaison entre elles. Elles ne sont pas toujours datées. En voici cependant quelques-unes qui paraissent se rapporter aux premiers mois de 1796.

Encore des questions sur la société de la duchesse, des dames que nous avons vu se succéder au château d’Aiguillon: «Que sont devenues Mᵐᵉˢ d’Esparbès, de Flamarens, si elles vivent encore? Et Mᵐᵉ de Laigle?»