APPENDICE I
L’ŒUVRE DE SOULAVIE
Les diverses publications historiques ou prétendues telles, entreprises de 1788 à 1801 par Soulavie, tiennent trop au cœur même de notre sujet, pour que nous n’accordions pas quelques lignes à l’homme et à l’œuvre, d’après M. Mazon (Histoire de Soulavie, Paris, 2 vol. in-8º 1893) et d’après Soulavie lui-même.
Une société s’était formée, en 1790-91, pour imprimer et éditer à Paris, rue de Condé, nº 7, une collection de Mémoires relatifs à l’histoire du règne de Louis XV.
L’idée n’était pas neuve. Des spéculations de librairie, remontant à une époque antérieure, avaient déjà attaché des aventuriers de lettres, à la plume et à l’imagination faciles, à la confection de prétendus mémoires historiques des règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Quelques miettes de vérité délayées dans un lourd fatras de faits douteux et d’anecdotes controuvées, telle était la recette de ces indigestes compositions, dont le secret n’est pas encore perdu.
Il semblait que la société de 1790 dût présenter plus de garanties. M. de Laborde était, en grande partie, «propriétaire de la collection» projetée; et Soulavie, ancien ecclésiastique, savant doublé d’un érudit, devait diriger la publication.
Ce n’était pas, toutefois, qu’il ne fût, lui aussi, sujet à caution. Du vivant du maréchal de Richelieu, et pendant trois années, il avait pu, grâce à la confiance de ce grand seigneur, que ses attaches et ses intrigues avaient mis en possession de si précieux documents, explorer les portefeuilles mis à sa disposition par Losques, le bibliothécaire du vieux courtisan. Il venait précisément d’en tirer les premiers volumes des Mémoires du duc de Richelieu, récit, quelquefois fidèle et amusant, mais trop souvent romanesque, invraisemblable et satirique, d’événements auxquels le maréchal avait été si particulièrement mêlé. Aussi le duc de Fronsac, qui avait pourtant fourni des notes à Soulavie, crut-il devoir protester, au nom de la mémoire de son père, contre les inexactitudes et l’esprit tendancieux d’une publication qu’il condamnait. Soulavie affirma que le maréchal avait au contraire encouragé un travail dont il avait fourni les matériaux.
Presque en même temps, paraissait dans la collection de Laborde, où Soulavie était seul en nom, la première édition de ces Mémoires, célèbres entre tous, monument littéraire et historique qui a rendu impérissable le nom de Saint-Simon.
Nombreuses furent les publications, annoncées ou parues, connues ou ignorées, qui, en se succédant, ne démontrèrent que trop avec quelle déplorable désinvolture Soulavie traitait les documents historiques, mutilant, défigurant, supprimant ou interpolant, suivant les besoins de la cause.
Nous ne retiendrons de cette liste que trois ouvrages, plus ou moins attribués à Soulavie, deux surtout que nous ne pouvions négliger pour la mise au point de notre travail.
1º Les Mémoires du comte de Maurepas qui s’arrêtent à la disgrâce de ce ministre, sacrifié à la rancune de Mᵐᵉ de Pompadour.