2º Les Mémoires du duc de Choiseul, compilation, en diverses parties, des pièces officielles émanées de cet homme d’Etat, en même temps qu’une longue diatribe, sous son nom, contre le duc d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry. Soulavie dut y ajouter certainement du sien. Nous verrons la thèse contraire dans les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon. Rien que cette façon de plaider le pour et le contre en dit assez sur la probité littéraire et sur la moralité du rédacteur.
3º Les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon. C’est Soulavie qui en déterminera lui-même l’attribution dans un passage de ses Mémoires sur le règne de Louis XVI (tome I, p. 241). Il reconnaît qu’il a publié ceux du ministère du duc d’Aiguillon d’après les notes fournies à Mirabeau par le maréchal de Richelieu. Mais celles-ci, à en croire les indications inédites de Soulavie recueillies par M. de Monmerqué, subirent, avant et pendant l’impression, des modifications importantes dont certaines méritent d’être signalées. D’abord, M. de Laborde, qui n’aimait pas Choiseul, avait révisé soigneusement les chapitres concernant l’ancien ministre. Il est de fait que soixante pages du livre (110-172) sont une exécution en règle de Choiseul.
Une autre note inédite de Soulavie, transcrite par M. de Monmerqué à la page 327, nous donne le mot du chapitre dont elle est l’en-tête et qui est intitulé Remarques sur les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon—autant de rectifications de certaines assertions contenues dans le volume, rectifications ainsi affirmées: «Ces notes ont été données à M. Soulavie par M. d’Aiguillon et sa mère, veuve, à condition que tant qu’ils vivraient, M. Soulavie ne dirait jamais les tenir de leurs mains».
Enfin, suivant son habitude, Soulavie apporte sa part de collaboration à l’œuvre de Mirabeau; son biographe, M. Mazon, la signale à la fin du volume, à propos d’un plan gouvernemental, que nous retrouverons en son temps, et d’embellissements de Paris où Soulavie s’annonce comme un précurseur du baron Haussmann.
Et cependant, en tenant compte de toutes ces réserves, il importe de reconnaître que les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon constituent pour l’étude qui nous occupe un document de premier ordre. Il s’accorde mieux assurément avec les pièces officielles du temps que toutes les autres compilations de Soulavie.
Cet homme avait le génie de l’inexactitude... voulue, qui ressemble singulièrement à de la mauvaise foi, alors que les circonstances l’avaient si bien servi. En bonne posture auprès des Jacobins, il avait été chargé, après le 10 août, de dresser l’inventaire des papiers de Louis XVI. Mieux encore, la protection de Robespierre—faveur si rare—l’avait fait nommer ministre de la République à Genève. Et le diplomate improvisé (à quoi mène le publicisme!) dut assurément profiter de la bienveillance du maître pour consulter ces archives des affaires étrangères que l’Incorruptible avait eu le bon sens de laisser, comme le ministère lui-même, entre les mains expertes des premiers commis de l’ancien régime.
Sans doute, la carrière diplomatique de Soulavie ne fut pas exempte de déboires; mais cet infatigable compilateur sut s’en consoler par une série de nouvelles publications qu’il faut contrôler aussi minutieusement que les précédentes.—Ce fut ainsi qu’il fit paraître, en 1801, ses Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, dans lesquels il reconnaît (tome I, p. 192) avoir composé cet ouvrage diffus et prolixe, mais bourré de faits curieux, sur des notes que lui avaient remises Richelieu, le duc de Fronsac, Mᵐᵉ d’Aiguillon, M. de Laborde et le cardinal de Luynes.
APPENDICE II
NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE BEAUMARCHAIS
Quelques mois auparavant, Louis XV avait employé Beaumarchais pour le rachat d’un libelle de Théveneau de Morande contre Mᵐᵉ Du Barry. M. Robiquet a donné dans son Théveneau de Morande (Paris, 1882, p. 43) le récit de cette négociation:
«C’est La Borde... qui désigna Beaumarchais au vieux roi, alors à la recherche d’un homme supérieur dans la négociation...» pour avoir raison du terrible biographe de Mᵐᵉ Du Barry.