—Peut-être, fait d’Aiguillon qui, vraisemblablement en Bretagne, est devenu Normand; je ne dis ni oui, ni non. En attendant, mon cher marquis, gardez au dedans de vous-même l’impression que peut faire naître notre conversation et n’en sonnez mot à personne. Soyez persuadé que je serai particulièrement charmé, si je suis votre capitaine, de pouvoir m’occuper de vous satisfaire et de vous être agréable.
Voilà bien le grand seigneur, cérémonieux et méfiant que nous connaissons, multipliant les chut! chut! autour d’un secret qui est, en somme, celui de Polichinelle.
Mais son bel habit est enfin brodé; et la réception officielle fut un triomphe pour le mari et... pour la femme. La duchesse est aux anges, et son écriture n’en est que plus illisible.
Fontainebleau, 20 octobre 1769.
«... M. d’Aiguillon est tout à fait en possession de la compagnie de chevau-légers. Il a été reçu mercredi. Voici comment cela s’est passé.
La troupe a monté à cheval à 10 heures, ayant à leur tête les officiers de service actuel. Deux de ceux qui n’en sont pas sont venus prendre M. d’Aiguillon et sont montés à cheval avec lui pour rejoindre les autres. Le roi est venu à 11 heures à cheval. M. d’Aiguillon l’a suivi et s’est rangé à côté de lui, en face de la troupe à qui le roi dit:
—Mes chevau-légers, je vous donne mon cousin le duc d’Aiguillon pour capitaine-lieutenant; et je vous ordonne de lui obéir en ce qui concerne mon service.
Ensuite, en partant, le roi lui a fait un geste de la main rempli de bonté. Les maréchaux de Soubise et de Richelieu se sont avancés et ont reçu son serment: après quoi, il s’est mis à la tête de la troupe et l’a emmenée au pas. Il leur a donné à dîner. En tout ils étaient 80.
J’ai été les voir, quand ils sont sortis de table, et leur ai dit toutes les gentillesses dont j’ai pu m’aviser: je me suis rappelé toute ma coquetterie des États... Ils m’ont ramenée chez moi et j’ai traversé toutes les rues à leur tête, ce qui faisait un beau cortège. Voilà une description exacte...»
En tout cas, elle ne manque pas d’un certain brio, qui était bien dans le caractère ferme et décidé de la duchesse; mais nous ne voyons pas que le beau régiment ait donné, avec la fougue brillante qui lui était familière, le temps de galop traditionnel en pareil cas. Le duc «l’a emmenée au pas». Un court billet de la duchesse nous révèle le secret de cette paisible allure.