—C’est pour le capitaine-lieutenant. N’y aura-t-il rien pour la compagnie?

Ce qui la fit rire et me valut la même faveur qu’au duc.»

Naturellement le déserteur fut gracié[139].

Comment s’étonner si, après une telle audience, Belleval devint un adorateur passionné de cette Déesse... des petits Appartements!

VIII

Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès de Rennes devant le parlement de Paris.—Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry, malgré la résistance de Louis XV.—Le mémoire justificatif de Linguet; un collaborateur masqué; récompense de Marmontel.—La procédure du parlement de Paris.—Trêve matrimoniale.—Incidents.—Reprise des séances: récit de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le roi arrête le procès.—La vengeance du parlement.—D’Aiguillon entaché.

Les Mémoires secrets publiaient, à la date du 12 mars 1770[140], comme information, qu’on venait d’imprimer furtivement «la procédure de Bretagne, ou procès extraordinairement instruit et jugé, au sujet d’assemblées illicites, discours injurieux, subornation de témoins, complots de poison et incident de calomnies, précédé d’un discours préliminaire, où le duc d’Aiguillon est représenté comme l’ennemi implacable, l’instigateur et presque le bourreau de six exilés, un sujet indigne de la confiance de son prince, un chef de conjurés, un suborneur de témoins, le fauteur d’un projet d’empoisonnement, le complice et peut-être même le premier auteur de ces crimes».

Autant déclarer avec le fabuliste que la mort était seule capable d’expier de tels forfaits.

Choiseul n’allait pas jusque-là; car, si, dans les Mémoires qui parurent sous son nom, en 1790[141], il dit, à propos de cette instance judiciaire: «J’ai cru que M. d’Aiguillon était déshonoré et je le regarde encore comme tel», il ajoute, par manière de correctif: «mais je n’ai jamais cru qu’on pût le faire pendre». Il plaide même, avec une sorte de pitié dédaigneuse, les circonstances atténuantes en faveur d’un adversaire qui, victime d’un atavisme vaguement défini, n’est peut-être pas entièrement responsable de son indignité: «Il avait porté dans son commandement le caractère malheureux de despotisme, de basse vengeance et même de cruauté avec lequel il était né.» Mais Choiseul ne l’était-il pas, lui aussi, responsable de ces prétendus excès de pouvoir, pour en avoir si longtemps maintenu l’auteur dans son commandement?

La situation devenait donc, sinon menaçante, du moins irritante pour d’Aiguillon. Maupeou, par politique, beaucoup plus que par sympathie pour le rival de Choiseul, estima que le procès devait être évoqué devant le parlement de Paris; et, comme Maupeou, d’Aiguillon demanda et obtint du roi, le 24 mars, cette juridiction qui était celle de ses pairs[142].