Le 2 juillet, le parlement assemblé sans les princes et les pairs qui s’étaient, sur les ordres de Louis XV, abstenus de siéger, rédigeait les remontrances et l’arrêt, dont il devait être, dans un avenir prochain, le mauvais marchand.

Il s’élevait contre l’abus de pouvoir qui interrompait le cours de la justice, violait les formes les plus précises et garantissait l’impunité aux gouverneurs de province; il retenait ces dépositions qu’avait frappées de suspicion le gouvernement et, sans débats, sans même que l’accusé eût été entendu, il fulminait cet arrêt célèbre qui entachait d’Aiguillon et l’excluait des fonctions de la pairie; «ces lettres patentes à lui données par le roi, étaient des lettres d’abolition».

On eût dit que l’auteur de la Lettre d’un gentilhomme breton, le plus vigoureux des pamphlets dirigés contre le commandant de Bretagne, avait eu comme le pressentiment de cet arrêt inique et l’avait frappé, par anticipation, de flétrissure, quand il déclarait que retenir les La Chalotais en exil, après les avoir pour ainsi dire réhabilités, était un déni de justice: «Les commencements de preuves, déclarait le pamphlétaire anonyme, ne sont pas des preuves».

Cet aphorisme, bien qu’émané d’un adversaire, se retournait contre l’arrêt du parlement; car c’était également un déni de justice que d’avoir noté d’infamie le duc d’Aiguillon, en violant, avec une telle désinvolture, les lois de la raison et de l’équité[156].

Mais, dans ces affaires de Bretagne, les illégalités ne se comptaient déjà plus.

IX

Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.—Pluie de couplets et d’anecdotes satiriques.—Avanies prodiguées à Mᵐᵉ Du Barry.—Insolences et mécomptes des parlementaires bretons d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La journée du 3 septembre.—Louis XV revient aux traditions de son bisaïeul.—Le sac du roi et le char de la blanchisseuse de d’Aiguillon.—Indulgence et pitié.—Le Parlement de Paris courbe la tête.—Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses «chers Bretons».

L’arme qui blessait d’Aiguillon atteignait du même coup la royauté. Maupeou, tout satisfait qu’il dût être de la flétrissure du fonctionnaire, ne pouvait cependant admettre qu’elle s’étendît jusqu’au prince. Aussi envoyait-il à Saint-Hubert, pavillon de chasse où séjournait volontiers Louis XV, l’arrêté du parlement avec un projet de cassation que signa le roi et que le chancelier envoya immédiatement à l’impression.

Cette riposte de Maupeou ne suffisait pas à laver d’Aiguillon de la honte qu’il avait subie et que n’avait su lui éviter Mᵐᵉ Du Barry, si bien préparée pourtant à ce rôle de sauveteur. La malignité des libellistes en prenait texte pour cribler d’épigrammes la protectrice et le protégé. Un couplet de vaudeville, écrit «sur l’air du Déserteur» fait dire au duc:

Oublions jusqu’à la trace
De mon procès suspendu.
Avec des lettres de grâce
On ne peut être pendu.